L’industrie minière en Haïti : enjeux et réalités*

Le sous-sol haïtien recèle des richesses qui pourraient valoir jusqu’à 20 milliards de dollars. La mise en valeur des ressources minières est l’une des priorités du gouvernement haïtien. Il a donc entrepris, avec l’assistance de la Banque mondiale, une réforme de la Loi minière et une évaluation du potentiel minéralogique du pays. En décembre 2012, il a aussi émis les premiers permis d’exploitation minière à des sociétés canadiennes et américaines.

Cette démarche s’inscrit dans un contexte global de révision des codes miniers de différents pays où on met de l’avant la déréglementation et le retrait de la participation étatique. Le projet de Loi minière en Haïti est pensé et conçu pour satisfaire les investisseurs.

Le public haïtien a pris connaissance des travaux en cours suite à un travail d’enquête journalistique. La démarche du gouvernement haïtien a suscité des réactions des organisations de la société civile haïtienne engagées dans la défense des droits humains et du droit au développement. Le manque de transparence et d’information de la part de l’État fait craindre le pire pour les écosystèmes fragiles d’Haïti et pour les communautés dont la survie dépend de leurs terres, maintenant convoitées ou concédées à des entreprises étrangères.

Le Collectif Justice minière en Haïti (Kolektif Jistis Min an Ayiti, KJM) travaille à l’organisation des communautés pour la protection de leurs droits et de l’environnement face à l’exploitation minière. De plus, ses membres se mobilisent afin que le développement du nouveau code minier fasse l’objet de consultations publiques assurant ainsi la participation des communautés affectées par les projets miniers, ou susceptibles de l’être, et de la société en général.

Le Canada est un acteur de premier plan de l’industrie minière internationale. En 2012, l’ACDI a versé une subvention de 10 millions de dollars au Centre de conseils techniques aux industries extractives de la Banque mondiale qui soutient la réforme légale du secteur minier en Haïti. Pour la période de 2009 à 2014, l’ACDI a contribué plus de 67 millions de dollars pour financer des projets dans le secteur de l’industrie extractive à l’échelle mondiale, ciblant, entre autres, la prospection et l’exploration des minerais. Dans la nouvelle stratégie pour l’engagement du Canada en Haïti de 2015 à 2020, le secteur minier est identifié comme un des moteurs du développement économique de ce pays.

La Concertation pour Haïti (CPH) se mobilise afin que le peuple haïtien et les communautés affectées par l’exploitation minière, en particulier, puissent avoir accès à l’information nécessaire et prennent des décisions de manière libre et éclairée sur l’avenir des projets miniers dans leur pays. Elle demande, entre autres, au gouvernement du Canada de cesser l’orientation de l’aide au développement international et des services diplomatiques vers la promotion de l’extraction de ressources minières.

Le 7 janvier 2016, la CPH a rendu public un rapport d’information et de plaidoyer sur la question disponible à http://lentraidemissionnaire.org/dernier-communique-de-presse-de-la-cph/.

* Merci à Gerardo Ducos d’avoir accepté de nous partager un résumé de sa présentation du mois dernier. Monsieur Ducos est chercheur indépendant, membre de la CPH et du comité mines de cette concertation.