La chaleur extrême et les travailleuses de la santé du Pakistan

Travailleuses de santé du PakistanAlors que le changement climatique pousse les températures vers de nouveaux extrêmes, la chaleur apparaît comme une menace sous-estimée pour la santé maternelle. Au Pakistan, l'un des pays les plus exposés à la chaleur, la grossesse se déroule de plus en plus dans des conditions qui mettent à rude épreuve le corps, les systèmes de santé et les communautés. Pourtant, malgré les preuves scientifiques croissantes du danger que représente la chaleur extrême pendant la période périnatale, la santé maternelle reste largement absente de nombreuses politiques nationales de santé liées à la chaleur. Heureusement, les agents de santé communautaires, comme les Lady Health Workers of Pakistan, se mobilisent lorsque la chaleur devient trop lourde à supporter.

Intensification des vagues de chaleur au Pakistan

Le Pakistan est très vulnérable à la chaleur extrême, les vagues de chaleur étant devenues plus fréquentes, prolongées et intenses au cours des dernières décennies. Les mois précédant la mousson sont souvent caractérisés par des températures dangereusement élevées combinées à de fortes densités de population, comme on le voit dans des villes comme Karachi et Lahore. Plusieurs événements graves survenus ces dernières années ont souligné l’ampleur de ce risque, notamment la vague de chaleur de 2015 qui a dévasté la province du Sind, dans le sud-est du pays, et qui a finalement coûté la vie à plus de 1 000 personnes. Ces dernières années, le Pakistan a connu une vague de chaleur en juin 2025, au cours de laquelle les températures dans de nombreuses régions du pays ont dépassé 113°F.

Les périodes prolongées de chaleur extrême exercent une pression considérable sur les communautés urbaines et rurales, affectant les infrastructures et les systèmes de santé. Le changement climatique devrait intensifier ces tendances, augmentant la probabilité de vagues de chaleur plus longues et plus graves et élargissant les zones géographiques touchées. Pour les populations ayant un accès limité au refroidissement, à une électricité fiable ou à des soins de santé adéquats, ces conditions créent des risques pour la santé publique et soulignent la nécessité de mesures plus strictes de préparation à la chaleur.

Chaleur extrême et risques pour la santé maternelle

La chaleur extrême présente des risques importants pendant la grossesse en raison des changements dans la régulation de la température et l'équilibre des fluides du corps. Pendant la grossesse, le développement du fœtus augmente les besoins en liquides, ce qui rend plus difficile la dissipation de la chaleur par le corps. Cela augmente la susceptibilité à la déshydratation et au stress thermique. Les températures élevées peuvent perturber la régulation hormonale et altérer la fonction du placenta, réduisant potentiellement l'apport d'oxygène et de nutriments au fœtus.

Des données probantes établissent également un lien entre l'exposition à une chaleur extrême et plusieurs issues défavorables de la grossesse, notamment le diabète gestationnel, l'accouchement prématuré et la mortinatalité dans certains cas. L'exposition à la chaleur peut également augmenter le risque d'infections et compliquer les soins pendant le travail. Les systèmes de santé publique pakistanais étant souvent décrits comme débordés, ces risques pourraient encore augmenter. Alors que les températures continuent d’augmenter avec le changement climatique, ces problèmes soulignent l’importance de reconnaître la grossesse comme une période de vulnérabilité accrue à la chaleur extrême et d’assurer un soutien approprié aux populations enceintes.

Omission de la grossesse dans les plans d'action chaleur-santé

Les directives nationales sur les vagues de chaleur publiées par le gouvernement pakistanais ne font pas directement référence à la grossesse lors d'épisodes de chaleur extrême. Les lignes directrices recommandent que « les individus doivent surveiller leurs voisins, en particulier les personnes âgées, les enfants et les personnes souffrant de maladies chroniques », mais elles ne mentionnent pas les personnes en période périnatale. Le rapport encourage les soins communautaires pour les « résidents vulnérables », mais il ne définit pas quels groupes entrent dans cette catégorie.

Cela met en évidence un problème persistant dans les plans d’action chaleur-santé (HHAP) à travers le monde. Alors que les épisodes de chaleur accablante se produisent plus fréquemment, de nombreux pays ont mis en œuvre des HHAP nationaux, comme le préconise l'Organisation mondiale de la santé (OMS). Cependant, alors que les lignes directrices de l'OMS décrivent des stratégies pour protéger les femmes enceintes de la chaleur extrême, une étude récente a révélé que sur 83 HHAP éligibles provenant de 24 pays, seuls 52 % reconnaissaient la nécessité de protéger cette population pendant les vagues de chaleur. En outre, aucun des HHAP n’aborde de manière exhaustive les risques que les vagues de chaleur font peser sur la santé des mères, des nouveau-nés et des enfants.

Les travailleuses de la santé du Pakistan

Le programme Lady Health Worker (LHW) du Pakistan, créé en 1994, joue un rôle essentiel dans la fourniture de services de santé maternelle aux communautés à travers le pays, en particulier dans les zones rurales et les quartiers urbains informels. Le programme déploie plus de 100 000 agents de santé communautaires formés qui vivent au sein des communautés qu’ils desservent, chacune couvrant environ 1 000 personnes. Bien qu'ils ne soient pas médecins, ils fournissent des services que les professionnels de la santé ne sont peut-être pas en mesure de fournir de manière cohérente au niveau des ménages. Cela comprend la réalisation de visites régulières à domicile pour fournir une éducation sanitaire, des soins préventifs de base et des références vers des établissements de santé formels.

Les LHW se concentrent fortement sur la santé maternelle et néonatale. Ils conseillent les femmes enceintes sur l'importance des soins prénatals tout en surveillant les grossesses et en mettant les familles en contact avec des cliniques ou des sages-femmes en cas de complications. Ce sont des membres de confiance de leurs communautés et prodiguent des soins directement au niveau des ménages. En conséquence, les LHW servent souvent de premier point de contact pour les populations enceintes lors de crises environnementales ou sanitaires.

Les LHW guident l’hydratation, le repos et les maladies liées à la chaleur. Ils surveillent également les grossesses vulnérables et facilitent l’orientation rapide vers les établissements de santé, contribuant ainsi à assurer la continuité des soins maternels même lorsque la chaleur extrême et la tension des hôpitaux rendent l’accès aux services plus difficile.

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