Le République démocratique du Congo (RDC) est le deuxième plus grand pays d’Afrique. Les combats incessants entre les groupes rebelles et les forces gouvernementales, la corruption systémique, les crises sanitaires récurrentes et la mauvaise gestion des ressources ont contribué à une grave urgence humanitaire. En conséquence, on estime que 27 millions de personnes vivent dans l’extrême pauvreté en RDC.
La RDC est riche en ressources naturelles, fournissant plus de 70 % du cobalt mondial, classé comme « minéral critique » par les États-Unis, l'Union européenne (UE) et d'autres gouvernements. Pourtant, 74 % des citoyens congolais vivent dans la pauvreté. Environ 150 000 mineurs artisanaux travaillent dans des conditions dangereuses, et les coopératives, souvent contrôlées par les hommes politiques, prennent jusqu'à la moitié de leurs revenus.
De plus, on estime que 40 000 enfants travaillent dans ces mines. Les communautés vivant au-dessus des réserves de cobalt restent parmi les plus pauvres en énergie au monde, ce qui souligne le besoin urgent d'une réforme du cobalt en RDC. Avec un partage équitable des revenus, des protections environnementales plus strictes et un financement ciblé, la transition mondiale vers une énergie propre peut reposer sur des fondations plus justes.
Une nation riche en ressources, pauvre en opportunités
Le cobalt est un matériau essentiel pour les batteries lithium-ion, les alliages aérospatiaux et les systèmes d'énergie renouvelable. Il joue un rôle central dans la révolution des véhicules électriques (VE) et dans les applications de défense, ce qui en fait aujourd’hui l’un des minéraux les plus stratégiques. La RDC domine l’offre mondiale, détenant environ 60 % des réserves connues et produisant 271 300 tonnes en 2024.
Toutefois, l’exploitation minière artisanale et à petite échelle représente 15 à 30 % de la production de cobalt du paysimpliquant souvent des conditions dangereuses, le travail des enfants et des dommages environnementaux. La réforme du secteur du cobalt en RDC est vitale pour protéger la vie des Congolais. Des entreprises telles que Ford et Tesla utilisent la technologie blockchain pour tracer le cobalt tout au long des chaînes d’approvisionnement.
Cependant, seulement 20 % des mines industrielles de la RDC répondent actuellement aux normes internationales du travail. L'intelligence artificielle (IA) et l'automatisation sont également déployées pour améliorer la sécurité et l'efficacité des mines. En matière de recyclage, des entreprises telles que Redwood Materials ont développé des méthodes permettant de récupérer jusqu'à 95 % du cobalt des batteries de véhicules électriques usagées. De plus, l’UE impose désormais un taux de récupération du cobalt de 70 % d’ici 2030.
Coût humain de la chaîne d'approvisionnement du cobalt
UN rapport du Le Rights Lab de l'Université de Nottingham, publié en août 2025, expose l'ampleur du travail forcé et de l'exploitation dans le secteur minier du cobalt en RDC. L'étude a interrogé 1 431 mineurs artisanaux dans deux provinces : 36,8 % étaient soumis au travail forcé, 9,2 % au travail des enfants et 6,5 % à la servitude pour dettes. De plus, 87,8 % d’entre eux se sont lancés dans l’exploitation minière parce qu’ils n’avaient pas d’autres moyens de survie et 70 % ont déclaré qu’ils arrêteraient s’ils le pouvaient.
Le salaire quotidien moyen n'était que de 3,28 dollars, les femmes gagnant nettement moins (1,84 dollars) que les hommes (3,52 dollars). Aucun n’avait de contrat de travail écrit et il n’existait aucun syndicat auquel ils pouvaient adhérer. Le rapport note que, malgré ces conditions, les entreprises de technologie et de véhicules électriques continuent de commercialiser leurs chaînes d'approvisionnement en cobalt de la RDC comme étant entièrement auditées et conformes aux droits de l'homme.
La principale recommandation du rapport est une initiative indépendante de diligence raisonnable menée par des universitaires congolais, la société civile et les communautés minières afin de demander des comptes à l'industrie.
Rompre le cycle : nouvelles voies à suivre dans la réforme du cobalt en RDC
À Lubumbashi, la deuxième plus grande ville de la RDC, des jeunes comme Patricia Kayombo s'affranchissent du cycle dangereux de l'exploitation artisanale du cobalt. Kayombo, un apprenti mécanicien, vivait dans une maison où tout le monde travaillait dans les mines, souffrant de problèmes de santé liés à la poussière, sans aucune autre option. Aujourd’hui, Kayombo suit une formation pour devenir mécanicienne automobile et « rêve de perfectionner ses compétences et de devenir un jour formatrice pour enseigner à d’autres filles ».
La Banque africaine de développement Projet PABEA-COBALTt (82 millions de dollars) est à l'origine de ce changement, avec deux objectifs principaux : le retour des enfants à l'école et la reconversion des jeunes mineurs et de leurs parents dans l'agroalimentaire et les métiers professionnels. Le programme a permis à plus de 13 500 enfants de retourner à l’école, de recycler 8 200 jeunes travailleurs et d’aider plus de 10 500 parents à démarrer de nouveaux moyens de subsistance dans l’agriculture. Avec des investissements et des alternatives viables, la jeunesse congolaise peut trouver dignité et opportunités loin des mines.
Du minerai brut à la souveraineté économique
La RDC a levé son interdiction d'exporter pendant sept moisen place depuis février 2025 et l'a remplacé par un système de quotas à compter du 16 octobre 2025. Les quotas plafonnent les exportations à environ 96 600 tonnes pour 2026 et 2027. Ce chiffre est bien inférieur aux quelque 204 000 tonnes extraites en 2024 et sera ajusté trimestriellement en fonction des conditions du marché.
L’interdiction initiale a été introduite pour remédier à une offre excédentaire mondiale qui faisait baisser les prix du cobalt depuis 2022. La RDC vise à traiter davantage de cobalt dans son pays plutôt que de l’exporter sous forme de minerai brut et travaille activement en partenariat avec des investisseurs occidentaux et chinois. Ces mesures reflètent la tentative de la RDC de convertir ses vastes richesses minières en un plus grand levier économique dans un contexte de concurrence géopolitique croissante pour les minéraux essentiels.
Avec une plus grande souveraineté économique, la RDC pourrait enfin être considérée comme un partenaire respecté, ce qui pourrait, à son tour, sauver les vies actuellement en danger dans le pays.
Remarques finales
La RDC reste à l’intersection de l’ambition géopolitique et de la souffrance humaine. Son cobalt fait partie intégrante de la transition vers une énergie propre, mais les communautés qui l'extraient restent parmi les plus pauvres du monde. Les outils pour la réforme du cobalt en RDC existent : des contrats plus équitables, une transformation nationale, une surveillance indépendante et des investissements dans des alternatives. Mais ils exigent que les partenaires occidentaux et chinois traitent la RDC comme un acteur souverain plutôt que comme un simple fournisseur.
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