Avec en toile de fond le mont Hermon, la région de Hasbaya au sud du Liban présente d'anciennes oliveraies, des collines en terrasses et la sinueuse rivière Hasbani.
Pourtant, derrière cette tranquillité pittoresque, les communautés rurales sont confrontées à une profonde marginalisation économique intensifiée par l’instabilité financière nationale et l’isolement géographique. Dans les ruelles des souks historiques de Hasbaya, un nouveau récit prend forme ; non pas de crise, mais d'entreprise.
Projet Hounna Lil Tamkeen
Lancé fin 2025 et étendu jusqu’en 2026, le projet « Hounna Lil Tamkeen » (Women for Empowerment) donne aux participants les compétences techniques et les ressources commerciales nécessaires pour créer leurs propres maisons d’hôtes et entreprises artisanales.
Le projet s’inscrit dans un mouvement plus large ; le Programme uni pour le développement (PNUD) a récemment fourni 1,5 million de dollars d'assistance et de soutien technique aux entreprises et coopératives dirigées par des femmes afin de restaurer la production et les moyens de subsistance locaux à travers le Liban.
Le leadership et la vision
La Fondation Al Madad a créé le projet comme une initiative principale sous la vision de sa fondatrice, l'artiste et humanitaire libano-britannique Aya Haidar. Le travail de Haidar explore fréquemment les thèmes du patrimoine culturel et de la valeur du travail domestique des femmes, déplaçant activement l'attention de l'aide traditionnelle vers un modèle d'« autonomisation créative ». La philosophie de la direction de Hounna Lil Tamkeen privilégie la propriété d'entreprise plutôt que l'envoi de colis alimentaires ponctuels. Il professionnalise également la production de mouneh (conserves traditionnelles), garantissant ainsi que le patrimoine libanais devienne un atout commercialisable dans l'économie moderne. Le projet agit comme une intervention directe contre la hausse des taux de pauvreté dans les zones rurales du Liban, où un citoyen sur trois vit désormais en dessous du seuil de pauvreté. Il ouvre une voie durable vers l’autonomisation économique des femmes à Hasbaya, dans cette région traditionnellement conservatrice.
Comment ça marche : de la formation à la table
Au lieu d’obliger les femmes à se rendre dans les centres urbains pour travailler, l’initiative amène l’économie professionnelle directement à leur porte à travers trois phases distinctes :
- Phase 1 : Acquisition de compétences professionnelles : Les participants reçoivent une formation intensive en hôtellerie de la fondation, maîtrisant les normes de service internationales, les protocoles rigoureux de sécurité alimentaire et les connaissances numériques fondamentales. Cette formation spécialisée leur permet de répertorier leurs maisons traditionnelles sur des plateformes de réservation mondiales, transformant ainsi les espaces domestiques sous-utilisés en sources de revenus fiables. Cette approche localisée s'attaque aux inégalités régionales qui touchent 44 % de la population tout en donnant la priorité à l'autonomisation économique des femmes à Hasbaya en tant que moteur essentiel du redressement rural.
- Phase 2 : Le pipeline du tourisme culinaire : Les femmes sont formées pour développer et professionnaliser leur production traditionnelle de mouneh (conserves artisanales libanaises). En normalisant la qualité, la sécurité et l'emballage des produits, le projet aide ces entrepreneurs locaux à vendre leurs produits directement aux touristes en visite et aux marchés urbains haut de gamme. Cela constitue une source de revenus vitale et isolée à une époque où la contribution du secteur du tourisme à l'économie libanaise oscille autour de 5,5 %.
- Phase 3 : Visibilité et infrastructure numériques : L'initiative fournit les outils physiques et la formation en marketing nécessaires aux femmes pour établir une présence en ligne. La création d'une empreinte numérique est essentielle pour contourner les obstacles bancaires actuels au Liban, offrant une intervention cruciale dans un pays où la participation des femmes au marché du travail s'élève à seulement 27,54 % ; nettement inférieur à la moyenne mondiale de 51,07 %.
Du projet à la réalité
La réalité tangible de ce changement économique est directement documentée par les mises à jour sur le terrain de l'initiative « Hounna Lil Tamkeen » sur les réseaux sociaux. Soutenu par le Fonds Méditerranéen des Femmes et guidé par le formateur expert Omar Abou Ali, le projet a exécuté avec succès ses modules de formation spécialisés « Trésors de l'Hermon : Tourisme féminin » dans les zones rurales du sud du Liban. Après avoir mené avec succès des blocs de formation dans les villes de Kfayr et Mimes, la phase initiale s'est terminée par un atelier intensif de deux jours dans le village de Khalwat. L'exécution sur le terrain a parfaitement établi un lien entre l'hospitalité et le patrimoine culinaire de la région, avec un déjeuner rural traditionnel qui a servi de vitrine pratique pour une production professionnelle et artisanale de conserves (mouneh). À l’avenir, ces évaluations concrètes seront directement traduites en brochures touristiques localisées pour chaque village, créant ainsi une infrastructure de marketing permanente qui relie directement les femmes rurales à l’économie moderne du voyage.
Regarder vers l'avenir
Le succès de ces initiatives rurales reflète un effort national plus large visant à revitaliser l'économie libanaise grâce à l'autonomisation économique des femmes à Hasbaya. Les partenaires internationaux ont mobilisé un soutien substantiel en faveur des micro, petites et moyennes entreprises (MPME), qui représentent 90 % de l'économie libanaise et constituent l'épine dorsale des moyens de subsistance locaux. Dans le cadre du projet d'autonomisation économique des femmes, un total de 1,106 million de dollars de subventions a été accordé à 96 PME, fournissant à la fois un capital financier et le soutien technique de l'Organisation des Nations Unies pour le développement industriel (ONUDI) pour renforcer les opérations et élargir la portée du marché. À terme, le projet vise à soutenir plus de 1 000 entreprises dirigées par des femmes, garantissant ainsi que, alors que le Liban se dirige vers sa reprise, les femmes restent au cœur d'un avenir économique plus équitable et plus durable.
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