Les soins de santé au Yémen en période de conflit

soins de santé au YémenLa République du Yémen est plongée dans une guerre civile depuis 2014, opposant le mouvement Houthi soutenu par l'Iran à une coalition dirigée par l'Arabie saoudite et soutenant le gouvernement internationalement reconnu. Cela a conduit à l’effondrement systématique des soins de santé formels. Les Houthis dirigent un quasi-État dans le nord qui exploite l’aide comme outil de contrôle politique. Les hôpitaux étant détruits et les cliniques inaccessibles, les pharmaciens privés du Yémen diagnostiquent les maladies, distribuent des médicaments sur ordonnance sans surveillance et fournissent des conseils médicaux de base. Le Yémen pourrait formaliser le rôle élargi des pharmaciens grâce à une licence échelonnée, une formation de base en diagnostic et une intégration aux réseaux de télémédecine.

Conflit, effondrement du financement et obstruction délibérée

L’administration Trump a qualifié les Houthis d’organisation terroriste en 2025, ce qui a entraîné une diminution du financement américain. Cette mesure visait à faire pression sur les Houthis, mais elle a plutôt puni les Yéménites ordinaires, effrayant les donateurs et donnant aux ONG une visibilité légale pour toute activité qui pourrait être interprétée comme un soutien matériel aux Houthis.

Human Rights Watch a documenté comment la détention systématique de travailleurs humanitaires par les Houthis aggrave la catastrophe humanitaire au Yémen. Début janvier 2026, au moins 69 membres du personnel de l'ONU (tous des ressortissants yéménites) et des dizaines de membres du personnel d'ONG internationales et locales ont été arbitrairement détenus depuis la mi-2024, les arrestations ayant eu lieu en plusieurs vagues. Les arrestations, combinées aux perquisitions dans les bureaux et à la saisie de matériel, ont effectivement paralysé les opérations humanitaires dans les zones contrôlées par les Houthis. L'ONU a entièrement suspendu ses opérations à Saada – la majorité de la population de Saada est passée d'un niveau d'insécurité alimentaire de crise à un niveau d'insécurité alimentaire d'urgence au cours de cette période.

Le Programme alimentaire mondial (PAM) a annoncé en janvier 2026 la cessation complète de ses opérations dans le nord du Yémen, contrôlé par les Houthis. Les 365 membres du personnel du PAM dans la région verront leur contrat résilié d'ici la fin mars. Le nord du Yémen répond à environ 70 % des besoins humanitaires du pays, et plus de 18 millions de personnes étaient déjà menacées d'insécurité alimentaire aiguë, et des dizaines de milliers d'entre elles étaient confrontées à des conditions proches de la famine. On estime que 4,8 millions de personnes restent déplacées à l’intérieur du pays dans l’ensemble du Yémen.

Un système cassé à la recherche d'une solution

Les soins de santé au Yémen fonctionnent dans un vide juridique et institutionnel. Le gouvernement, actuellement basé à Aden sous l'égide du Conseil présidentiel, contrôle théoriquement le ministère de la Santé publique et de la Population (MoPHP), qui conserve l'autorité légale sur les soins de santé. Tout système formel de licences à plusieurs niveaux nécessiterait l’approbation du MoPHP pour avoir un statut juridique. Le problème pratique est que le mandat du MoPHP ne fonctionne pas dans les zones contrôlées par les Houthis (la majeure partie du nord, y compris Sanaa), où une bureaucratie sanitaire parallèle opère depuis 2016 environ.

Lancée en septembre 2024 à Aden, la stratégie nationale du Yémen pour la qualité des soins de santé 2025-2030 est une initiative conjointe de l'OMS et du ministère yéménite de la Santé publique et de la Population. Il vise à améliorer la qualité, la sécurité et l’équité des services de santé dans tout le pays malgré les défis persistants liés au conflit, à la pauvreté et à la faiblesse des infrastructures. En outre, il bénéficie du soutien de sept années de collaboration entre l'OMS, le MoPHP et l'Association internationale de développement de la Banque mondiale, avec une mise en œuvre actuelle soutenue par le projet d'urgence sur le capital humain, qui pourrait constituer un instrument de financement majeur. L’OMS et le MoPHP devraient développer conjointement un certificat de diagnostic de pharmacien abrégé et reconnaître honnêtement que le MoPHP ne peut pas certifier sur le territoire Houthi, de sorte que les ONG opérant là-bas devraient servir d’organisme d’accréditation de facto sur une base provisoire.

Disponibilité des médicaments : les données

Une étude universitaire évaluée par des pairs a impliqué des chercheurs qui ont interrogé 30 établissements de santé répartis dans 13 districts de trois gouvernorats du sud du Yémen (Aden, Lahij et Abyan) entre novembre 2017 et février 2018. En moyenne, seulement 52,8 % des médicaments essentiels étaient disponibles dans tous les établissements, soit bien en deçà de l'objectif volontaire de 80 % de l'OMS.

  • Les pharmacies privées avaient la meilleure disponibilité, soit près de 80 % ;
  • Les hôpitaux privés environ 73%, car ils sont approvisionnés commercialement ;
  • Les hôpitaux publics représentaient 53 % ;
  • Les centres de soins de santé publics présentaient un taux de disponibilité d'à peine 19 % – les ⅘ des médicaments essentiels n'étaient pas disponibles dans les rayons.

Le Yémen importe 80 à 90 % de ses médicaments, et le conflit a gravement perturbé les chaînes d’approvisionnement, détruit les infrastructures et provoqué l’effondrement économique.

Avec le retrait du PAM du nord, la poursuite de la détention des travailleurs humanitaires par les Houthis et la destruction des infrastructures de santé par le conflit, le système formel se contracte encore davantage tandis que les besoins s'accélèrent. Les gouvernorats du sud du Yémen, plus accessibles et plus stables que le nord, offrent un point de départ viable. Un cadre d'octroi de licences à plusieurs niveaux, négocié entre le gouvernement internationalement reconnu et les réseaux d'ONG établis, pourrait commencer à partir de là. Comprendre les soins de santé au Yémen signifie comprendre ce qui se passe lorsqu'un système de santé disparaît complètement.

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