
Le 3 décembre, le Groupe de la Banque africaine de développement a annoncé qu'il avait approuvé un allègement supplémentaire de la dette de la Somalie, d'un montant de 17,68 millions de dollars, marquant une nouvelle étape sur la voie d'un statut totalement exempt de dette. Le principal conseiller aux opérations du Groupe de la Banque pour la Somalie, Bubacarr Sankareh, a déclaré : « La Somalie a mérité cette opportunité grâce à sa détermination et à sa discipline. »
Cette étape représente la convergence d’un effort national persistant et d’un partenariat international stratégique. Grâce à un engagement bilatéral et multilatéral coordonné, la Somalie a obtenu un allégement de sa dette, notamment dans le cadre de l’Initiative en faveur des pays pauvres très endettés, lancée en 1996 par le Fonds monétaire international et la Banque mondiale pour alléger les pays accablés par une dette insoutenable, tout en réformant son économie et en reconstruisant les institutions de l’État. Ces efforts sont remarquables pour un pays qui a enduré des décennies de conflit et d’effondrement institutionnel.
Le poids de la dette historique
La majeure partie de la dette somalienne s'est accumulée pendant la dictature militaire de Siad Barre, qui s'est effondrée en 1991 et a plongé le pays dans la guerre civile. Ces niveaux d’endettement, associés à l’instabilité, ont limité les investissements dans la santé, l’éducation et les infrastructures. En 1993, l'indice de développement humain de la Somalie s'élevait à 0,221, reflétant les conséquences vécues de ces conditions. La crise de la dette a également rompu l'engagement de la Somalie auprès des marchés financiers mondiaux, dissuadant les investisseurs, les créanciers et les partenaires commerciaux potentiels qui autrement auraient pu contribuer aux efforts de reconstruction.
Le chemin du soulagement
Pour se libérer du piège de la dette, la Somalie devait respecter des normes rigoureuses dans le cadre du PPTE, qui soutenait plus de 30 pays lourdement endettés. La participation exigeait une mise en œuvre démontrée des réformes structurelles nationales. Le programme de réformes de la Somalie était complet et donnait la priorité à la reconstruction des institutions de l'État et à la restauration des finances publiques tout en encourageant un secteur privé compétitif.
Alors que plus des deux tiers de la population vit avec moins de 2,15 dollars par jour, le gouvernement a lancé Baxaano, le premier programme de protection sociale du pays. Cette initiative a fourni des transferts monétaires liés à la nutrition et une aide d’urgence à 3,7 millions de personnes. Ces réformes ont permis à la Somalie d’achever le processus PPTE en décembre 2023, obtenant ainsi 4,5 milliards de dollars d’annulation de dette.
En mars 2024, presque toutes les dettes dues aux membres du Club de Paris, un groupe de pays riches créanciers, ont été annulées. Cette annulation devrait être finalisée d'ici fin décembre 2025. En juin, un nouvel accord de secours avec le Fonds OPEP pour le développement international a dégagé 36 millions de dollars. En novembre 2024, les États-Unis, le plus grand prêteur bilatéral de la Somalie, qui détenait environ 20 % de la dette extérieure totale en 2018, ont annulé 1,1 milliard de dollars de prêts.
L’impact cumulé de ces mesures a réduit la dette extérieure de 64 % du PIB en 2018 à 4,9 % en 2025. Cette transformation budgétaire s’est accompagnée d’une réduction mesurable de la pauvreté et d’un renforcement des capacités institutionnelles.
Libérer des ressources pour le développement
L'allégement de la dette en Somalie signifie que les ressources précédemment utilisées pour le service de la dette peuvent désormais financer des programmes sociaux et des infrastructures, permettant ainsi au gouvernement de mieux mettre en œuvre son plan national de transformation. Sankareh a déclaré que l’allègement « ouvre la porte à des institutions plus fortes, à de meilleurs services et à de meilleures perspectives pour les citoyens somaliens, avec des impacts ressentis dans les salles de classe, les cliniques, les fermes et les marchés ». Des améliorations ont déjà été constatées dans les domaines des soins de santé, de l’éducation et des infrastructures.
Le rétablissement de la solvabilité pourrait inverser la sécheresse des investissements qui a persisté pendant des décennies, en particulier après la récente intégration de la Somalie dans la Communauté d'Afrique de l'Est, qui donne accès aux marchés régionaux de plus de 300 millions de personnes. Le littoral de la Somalie lui permet de développer des secteurs de l'économie bleue allant de la pêche et des infrastructures portuaires au transport maritime.
La Somalie se trouve à un tournant, avec le potentiel de suivre les traces de l’Ouganda et du Rwanda, où les flux d’investissements étrangers et les réformes du capital suite au conflit et à l’allègement de la dette ont soutenu des investissements soutenus dans les infrastructures publiques et les secteurs transformateurs.
L’annulation de la dette offre une marge de manœuvre budgétaire, mais pour maintenir cette dynamique, il faut passer d’une dépendance aux subventions à une participation plus large aux marchés financiers. Cela implique de développer la capacité des obligations souveraines, d’élargir les marchés d’actions et d’approfondir la pénétration de la microfinance. Le Fonds monétaire international identifie le renforcement de la surveillance financière et la réforme de la réglementation, notamment la modernisation des codes fiscaux et la rationalisation des douanes, comme étant essentiels pour attirer des investissements durables. Un système fiscal efficace reste également nécessaire pour la mobilisation des ressources intérieures à long terme.
Un modèle de relèvement post-conflit
La trajectoire d'allégement de la dette de la Somalie offre des perspectives aux pays confrontés à l'héritage du conflit et du sous-développement. Cela démontre que les États fragiles peuvent restaurer leur crédibilité grâce à des réformes de gouvernance et à une gestion financière transparente. Même si la coopération internationale s'est révélée essentielle, les progrès dépendaient en fin de compte de l'appropriation par la Somalie du processus de réforme.
Comme l'a déclaré le vice-Premier ministre somalien, Salah Jama, lors du Forum sur la fragilité de la Banque mondiale : « Nous sommes sortis de l'échec… et nous travaillons très dur pour sortir de la fragilité », une déclaration qui reflète à la fois les progrès réalisés et la vigilance encore requise. L’allégement de la dette en Somalie démontre que les pays engagés dans des réformes, soutenus par un engagement international coordonné, peuvent surmonter des défis profondément enracinés.
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