Comment l’instabilité climatique affecte le pastoralisme dans la région du Sahel

Le pastoralisme dans la région du SahelL’instabilité climatique rend lentement mais constamment la vie plus difficile au Sahel pour les éleveurs, dont les moyens de subsistance dépendent des précipitations, des pâturages et de la mobilité. La hausse des températures, les pluies irrégulières et l’allongement des saisons sèches réduisent les pâturages, assèchent les points d’eau et obligent les éleveurs à se déplacer plus loin et plus souvent à la recherche de survie.

Un mode de vie fragile

Depuis des siècles, le pastoralisme constitue une stratégie d’adaptation à l’environnement sec de la région du Sahel. Les éleveurs déplacent le bétail sur de vastes zones afin que les animaux puissent trouver de nouveaux pâturages et que les terres puissent se régénérer. Mais ce système ne fonctionne que lorsque la mobilité reste possible et que l’eau n’est pas rare.

Changement conditions climatiques au Sahel perturbent les deux. Les saisons des pluies sont moins prévisibles, les sécheresses deviennent plus graves et les sources et ruisseaux qui soutenaient autrefois les troupeaux disparaissent. Ces changements ne réduisent pas seulement les revenus ; ils menacent tout un système social et économique.

Dans la région soudano-sahélienne, plus de 20 millions de personnes dépendent du pastoralisme pour leur survie et l’élevage est souvent la principale source de nourriture, d’argent et de statut. Lorsque l’herbe tombe en panne ou que les points d’eau s’assèchent, les familles perdent leurs animaux, la nutrition se détériore et leur capacité à se remettre des chocs s’affaiblit. Ces difficultés affectent non seulement les personnes qui vivent de l'élevage, mais également les agriculteurs qui cultivent pour leurs animaux.

Sécheresse et perte

Les coûts humains et économiques de la sécheresse peuvent être dévastateurs. En 2010, une sécheresse majeure au Niger a tué plus de 4,8 millions de bovins, soit environ un quart du cheptel du pays, causant des pertes de plus de 700 millions de dollars. Pour les familles d’éleveurs, ces pertes ne sont pas des statistiques abstraites.

Cela se traduit par une baisse des frais de scolarité, moins de lait pour les enfants et l’effondrement des économies accumulées au fil des années, voire des générations, par des troupeaux entiers. Le pastoralisme au Sahel La région est également touchée par les maladies et la faiblesse des troupeaux causée par le stress climatique. Comme les animaux sont concentrés dans des zones plus petites avec moins de fourrage, ils deviennent plus vulnérables aux maladies et à la malnutrition.

Dans le même temps, les gouvernements pourraient imposer des contrôles plus stricts sur les déplacements des animaux en raison des préoccupations concernant les maladies du bétail, ce qui rendrait encore plus difficile pour les éleveurs de suivre les pluies et de préserver leurs troupeaux. De plus, des transhumances plus longues peuvent exposer les animaux au stress, à des vecteurs de maladies (tels que les tiques et les mouches) et aux maladies zoonotiques qui en résultent. Il s’agit d’un problème non seulement pour la santé animale mais aussi pour les humains, car il augmente la transmission de maladies infectieuses telles que la brucellose et la tuberculose.

Tensions foncières

À mesure que les pâturages disparaissent, les éleveurs sont de plus en plus poussés vers des zones où l’agriculture est en expansion, notamment dans le sud du Sahel. Cela crée une concurrence pour la terre et l’eau entre agriculteurs et éleveurs, une pression qui peut transformer les conflits locaux en petits conflits armés lorsque les règles d’utilisation des terres sont faibles ou non appliquées. L’urgence climatique n’est pas à l’origine de tous les conflits au Sahel, mais elle intensifie la concurrence pour des ressources rares et rend la coexistence pacifique plus difficile.

La mobilité, autrefois une force des systèmes pastoraux, devient de plus en plus difficile à maintenir. Les paysages fragmentés, l’insécurité et les groupes armés sur les routes de transhumance peuvent piéger les éleveurs dans des zones dangereuses ou surexploitées. Cette situation est encore aggravée par la disponibilité croissante des armes et par le fait que les entités politiques de la région exploitent ces problèmes.

Lorsque les familles ne peuvent plus se déplacer librement, elles sont confrontées à une plus grande pression de pâturage, à davantage de conflits et à moins de moyens de s'adapter.

La stratégie PRAPS-2

Les gouvernements sahéliens et les acteurs régionaux collaborent déjà pour relever les défis environnementaux et économiques communs qui mettent en danger le pastoralisme au Sahel. Outre les efforts phares comme la Grande Muraille Verte, des initiatives à plus petite échelle telles que la Commission du bassin du lac Tchad et la Commission du bassin du lac Victoria visent à améliorer la gestion et la restauration des ressources naturelles transfrontalières.

La plus importante de ces initiatives, spécifiquement conçue pour répondre aux besoins pastoraux, est le projet PRAPS-2. Il repose sur le renforcement des réponses nationales tout en renforçant la coordination régionale. Son objectif est double. Premièrement, il vise à renforcer la cohérence régionale dans la gouvernance des ressources naturelles, à soutenir la mise en œuvre des réglementations nationales et à faciliter le commerce transfrontalier.

Deuxièmement, il vise à générer et à diffuser des connaissances scientifiques et techniques qui soutiennent les pratiques pastorales durables et éclairent les stratégies nationales et régionales, en reconnaissant leur importance économique, sociale et environnementale. Au niveau régional, le programme est mis en œuvre par le Comité permanent interétatique de lutte contre la sécheresse au Sahel (CILSS). Le CILSS supervise la coordination sous la direction politique de la Communauté économique des États de l'Afrique de l'Ouest (CEDEAO) et de l'Union économique et monétaire ouest-africaine (UEMOA).

Au niveau national, la mise en œuvre est dirigée par les ministères concernés responsables de l'élevage ou du développement rural dans les six pays participants. Le PRAPS-2 est structuré autour de cinq composantes principales :

  • Améliorer la santé animale et le contrôle des médicaments vétérinaires
  • Promouvoir la gestion et la gouvernance durables des paysages
  • Renforcer les chaînes de valeur de l’élevage
  • Améliorer l’inclusion sociale et économique, en particulier pour les femmes et les jeunes
  • Soutenir la coordination des projets, la capacité institutionnelle ainsi que la prévention et la réponse aux crises

Des progrès sont réalisés, mais cette crise met en évidence à quel point la hausse des températures peut aggraver l’insécurité et l’instabilité dans des régions déjà fragiles, rendant la protection des moyens de subsistance pastoraux essentielle au maintien de la résilience, de la dignité et de la paix.

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