Près de 20 % des enfants de moins de 5 ans en Mauritanie souffrent de malnutrition chronique. Selon le Fonds des Nations Unies pour l’enfance (UNICEF), 80 227 enfants ont souffert de malnutrition aiguë en 2022. Certaines des raisons incluent la pauvreté généralisée ; la dépendance à l’égard de l’agriculture, de la pêche, de l’exploitation minière et de l’élevage, qui sont confrontés aux menaces du changement climatique et à des pratiques alimentaires non optimales. En réponse, des organisations comme le GRET, le Croissant-Rouge, ALIMA, l’UNICEF et le Programme alimentaire mondial (PAM) travaillent avec les mères et autres soignants pour lutter contre la malnutrition infantile en Mauritanie.
Tenir les mères au courant
En 2020, le Gret s’est associé au projet Rim Anje pour lancer un projet de trois ans dans 11 communes et 30 systèmes de santé basés à Gorgol et Branka. Le projet visait à aider les prestataires de soins de santé à offrir des services d’alimentation du nourrisson et du jeune enfant (ANJE) et à enseigner aux femmes enceintes et allaitantes les pratiques d’ANJE. Le projet s’est terminé le 21 février 2023.
Au cours de ce processus, le Gret a aidé près d’une centaine de référents communautaires à encadrer et instruire des Mauritaniens, pour la plupart des femmes vivant dans les villages. Ils ont travaillé aux côtés des femmes allaitantes et enceintes dans des groupes tels que GASPA (Infant and Young Child Feeding Best Practice Monitoring and Learning Groups). Le GRET a fréquemment organisé des discussions communautaires pour garantir que les mères restent engagées à respecter des pratiques alimentaires saines. En plus de responsabiliser les mères, le projet a également impliqué d’autres membres de la famille et des membres de la communauté.
A l’avenir, le Gret prévoit de travailler sur deux nouveaux projets : Rim Health et Amal, deux organisations soutenues respectivement par la Coopération monégasque au développement et l’UNICEF. Ces projets couvriront davantage de sujets tels que la santé sexuelle et reproductive, assurer une bonne hygiène et fournir un accès à la nourriture, à l’eau potable et à l’assainissement aux jeunes enfants.
Le bracelet spécial
En 2023, les volontaires du Croissant-Rouge en Mauritanie ont pris des mesures pour lutter contre la malnutrition infantile. Ils ont formé les mères à identifier les signes de malnutrition chez leurs enfants à l’aide d’un bracelet spécial. L’animatrice Rakia Salem, d’un club de mères créé par le Croissant-Rouge, a expliqué la fonction du bracelet : «[My role involves training mothers to screen children for malnutrition using the MUAC (mid-upper arm circumference) bracelet. It’s a simple, easy-to-use tool that can help prevent a deterioration in their health condition.]»
Selon l’Organisation mondiale de la santé (OMS), si le haut du bras d’un enfant mesure moins de 11,5 cm, il souffre de malnutrition aiguë. Le bracelet est un instrument unique mais pas rare pour évaluer la malnutrition. Outre le Croissant-Rouge, l’Alliance pour l’action médicale internationale (ALIMA) a formé 47 141 Mauritaniens à l’utilisation du bracelet depuis 2019. Le projet s’est avéré efficace puisque sur les 2 567 enfants malnutris de moins de 5 ans traités par l’alliance, 95 % se sont rétablis en 2022.
La classe est en session
En plus d’utiliser le bracelet, le Croissant-Rouge a appris aux mères à reconnaître les signes de malnutrition et à gagner de l’argent. Le club des mères s’est avéré être un endroit efficace pour diagnostiquer rapidement les enfants car, comme l’explique Mohamed Abdallahi, responsable de la sécurité alimentaire et des moyens de subsistance, les mères côtoient leurs enfants tous les jours et sont donc les plus susceptibles de détecter les premiers signes de malnutrition. Il existe actuellement 10 clubs de mères à Barkeol, et cet endroit offre aux femmes l’occasion de discuter de la santé maternelle et infantile, de l’hygiène, de l’assainissement et de la nutrition.
En Mauritanie, 56,9% de la population vit dans la pauvreté. Il n’est donc pas surprenant que la plupart des familles ne puissent pas se permettre de répondre aux besoins alimentaires quotidiens minimum de leurs enfants. En conséquence, le Croissant-Rouge mauritanien a également appris aux mères à lancer leurs propres initiatives génératrices de revenus. Grâce à une subvention de l’organisation, l’un des clubs a ouvert un magasin d’alimentation relativement bon marché dans le village.
Histoires du terrain
Les résultats du Gret pointent vers une trajectoire positive. Aissata Ndongo, sage-femme au centre de santé de Mbagne, a assuré que la formation a considérablement bénéficié aux citoyens et a contribué à lutter contre la malnutrition infantile en Mauritanie. Elle a ajouté que les interlocuteurs communautaires ont sensibilisé et que les femmes consultent désormais les organismes de santé pour suivre leur grossesse et leurs bébés au lieu d’accoucher à la maison. Une autre femme participant au groupe GASPA évoque l’impact des actions du Gret : « Les GASPA ont permis à plusieurs enfants de tomber moins souvent malades, grâce aux messages véhiculés par l’interlocuteur communautaire, mais aussi par les organismes de santé. »
Concernant les efforts de l’UNICEF pour lutter contre la malnutrition infantile en Mauritanie en admettant 27 829 enfants pour traitement en 2022 et en éduquant les femmes, Hasseniya, une jeune victime de mariage précoce de 16 ans, a exprimé sa gratitude envers GASPA : « Les séances de dialogue communautaire m’ont beaucoup aidé. J’ai été sensibilisée à l’importance d’avoir des consultations prénatales tous les trois mois et d’allaiter mon bébé immédiatement après sa naissance. Khadidiatou Mohamed Abdallahi, présidente du club des mères, s’est également montrée reconnaissante envers le Croissant-Rouge mauritanien, déclarant : « Avant, nous avions beaucoup de difficultés, mais grâce au soutien du Croissant-Rouge mauritanien, nous sommes désormais en mesure d’améliorer notre la sécurité alimentaire des familles et diversifier l’alimentation de nos enfants.
Au-delà du travail « sur le terrain »
En décembre 2022, le PAM a fourni une aide alimentaire et monétaire à 54 000 réfugiés fraîchement réinstallés en Mauritanie. Pour traiter la malnutrition dans le camp de Mbera, l’organisation a offert des aliments spécialisés et de l’huile enrichie à 600 enfants âgés de 6 à 59 mois et à 220 femmes et filles enceintes et allaitantes ; et pour prévenir la malnutrition, l’organisation a fourni de la nourriture à près de 3 500 enfants âgés de 6 à 23 mois et à 1 700 femmes et filles enceintes et allaitantes. Dans six autres régions, 99 pour cent des enfants traités pour malnutrition aiguë modérée se sont rétablis.
En outre, le PAM a aidé 400 écoles dans trois régions en leur fournissant des repas scolaires. Elle a également lancé le programme Food Assistance for Assets (FFA), qui propose une assurance aux Mauritaniens susceptibles d’être touchés par le changement climatique. Enfin, le PAM et l’ANGMV (Agence Nationale de la Grande Muraille Verte) ont mis en œuvre une mission à Timbedra et Djiguéni pour assister les communautés confrontées à l’insécurité alimentaire dans le sud et l’est du pays à travers une initiative d’échange de dettes entre la Mauritanie et l’Espagne.
– Mariam Jawhar
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