
La Jordanie est l'un des le plus grand accueil de réfugiés au monde pays par rapport à la population. Il abrite plus de 3 millions de migrants et de réfugiés, dont plus de 1,3 million de Syriens, ainsi que des Irakiens, des Palestiniens, des Yéménites et d'autres. Cet afflux a mis à rude épreuve le système de santé national jordanien, qui doit équilibrer les besoins des citoyens avec ceux des populations déplacées. Le défi est devenu de plus en plus politique, soulevant des questions d’équité, d’inclusion et d’identité nationale.
Évolution des politiques et réforme de 2019
La politique jordanienne en matière de santé des réfugiés a évolué grâce à une interaction complexe entre les priorités humanitaires et la politique nationale. Depuis 2012, le ministère de la Santé du pays collabore avec des partenaires internationaux, notamment le HCR, l'OMS, l'UNICEF et des donateurs bilatéraux, pour intégrer les réfugiés dans services de santé publique existants, plutôt que de créer des systèmes parallèles. Ce modèle visait à assurer la durabilité tout en maintenant le contrôle de l'État sur ses infrastructures de santé.
En avril 2019, la Jordanie a introduit un changement politique majeur : les réfugiés syriens enregistrés auprès du HCR ont été autorisés à accéder aux soins de santé publics au « tarif jordanien non assuré », rétablissant ainsi l’accès aux installations gouvernementales après une période de réduction des subventions. Cette mesure reflétait une tentative d’équilibrer les contraintes financières nationales avec les obligations humanitaires et la diplomatie internationale.
Selon les analyses des chercheurs, cette décision a été influencée par des changements dans la politique intérieure et dans les flux de financement mondiaux. La dynamique initiale en faveur de l’inclusion des réfugiés, forte au cours des premières années de la crise syrienne, a commencé à décliner à mesure que les pressions budgétaires s’intensifiaient et que l’attention politique changeait. Les dirigeants jordaniens ont mis en balance les coûts de la prise en charge à long terme des réfugiés et les préoccupations liées au ressentiment du public et à la lassitude des donateurs.
Politique des donateurs et fonds fiduciaire multidonateurs
Pour soutenir la prestation de services de santé aux réfugiés et aux Jordaniens vulnérables, le gouvernement a créé le Plan de réponse de la Jordanie (JRP) et un groupe de travail sur le secteur de la santé. Ces organismes se coordonnent avec le Fonds jordanien de santé pour les réfugiés (JHFR), un fonds fiduciaire multidonateurs géré par la Banque mondiale et le ministère de la Planification et de la Coopération internationale. Ce mécanisme regroupe les contributions des donateurs de l'Union européenne (UE), du Canada, de l'Allemagne et d'autres pays pour soutenir les établissements de santé publique qui traitent les réfugiés.
Le fonds représente un modèle hybride où l’aide humanitaire et les systèmes nationaux convergent, brouillant les frontières traditionnelles entre secours d’urgence et aide au développement. De telles dispositions révèlent également à quel point la politique de santé des réfugiés dans les États frontaliers d’accueil est intrinsèquement politique. Les partenaires internationaux influencent la politique par le biais de priorités de financement, tandis que le gouvernement jordanien utilise des initiatives en faveur de la santé des réfugiés pour renforcer les relations diplomatiques et démontrer la stabilité régionale. Les chercheurs soutiennent que cette dynamique reflète « l’intégration politique par nécessité », un exercice d’équilibre entre la souveraineté et les attentes des donateurs.
Équité et inclusion dans la pratique
Malgré l’utilisation d’un langage politique inclusif, l’accès reste inégal. Des études sur les réfugiés syriens et palestiniens en Jordanie montrent que l’équité en matière de soins de santé dépend fortement du statut juridique, de l’enregistrement et du lieu. Les réfugiés enregistrés auprès du HCR ont généralement droit à des services de santé publique subventionnés. Cependant, les réfugiés non enregistrés ou urbains doivent souvent payer des frais élevés.
La recherche révèle également que le sexe, les maladies chroniques et la résidence dans un camp déterminent qui peut obtenir des soins. Par exemple, alors que les réfugiés vivant dans les camps peuvent recevoir des soins primaires réguliers de la part des ONG, les réfugiés urbains doivent faire face aux coûts des soins hospitaliers et des médicaments. L'examen de 2023 de l'OMS a noté que l'utilisation des services de santé parmi les réfugiés est limitée par des obstacles à la fois financiers et administratifs, même lorsque les politiques autorisent formellement l'inclusion.
Cette disparité souligne à quel point la santé des réfugiés est autant une question politique d’appartenance qu’un défi technique. Lorsque les gouvernements définissent des niveaux d’accès en fonction de la citoyenneté ou de l’enregistrement, ils réaffirment les frontières de l’identité nationale, déterminant qui est considéré comme faisant partie du contrat social et qui en reste en dehors.
Les soins de santé comme diplomatie et stratégie
La politique jordanienne en matière de santé des réfugiés est également devenue une forme de diplomatie régionale. En maintenant l’accès des Syriens et en coopérant étroitement avec les agences internationales, la Jordanie projette stabilité et fiabilité aux donateurs et aux États voisins. La Banque mondiale et l’OMS présentent toutes deux la Jordanie comme un exemple majeur de pays « intégrant les réfugiés dans les systèmes nationaux » au sein de la région de la Méditerranée orientale.
Cette approche aligne les intérêts humanitaires et stratégiques : fournir des soins de santé prévient les épidémies, réduit les tensions sociales et soutient la sécurité régionale. Cela renforce également l’influence de la Jordanie dans les négociations internationales, où l’accueil de millions de réfugiés positionne le pays comme un partenaire clé de l’Occident.
Leçons pour les autres États frontaliers hôtes
Les efforts de la Jordanie illustrent que la politique de santé des réfugiés n'est pas uniquement une question humanitaire mais un écosystème politique impliquant les ministères, les donateurs et les citoyens. Une inclusion efficace repose sur une planification budgétaire saine, une gestion diplomatique efficace et la confiance du public. Lorsqu'ils sont gérés de manière stratégique, comme dans le modèle d'intégration jordanien, les soins de santé destinés aux réfugiés peuvent renforcer à la fois la sécurité humaine et la résilience de l'État.
Pour les autres pays frontaliers, le cas jordanien propose trois points à retenir :
- Intégrer la prise en charge des réfugiés dans les systèmes nationaux existants plutôt que de créer des structures distinctes.
- Aligner les mécanismes de financement des donateurs sur les priorités du gouvernement pour garantir la durabilité.
- Reconnaître qu’un accès équitable aux soins de santé renforce la cohésion sociale et prévient l’instabilité.
Fournir des soins de santé aux réfugiés n’est donc pas seulement une responsabilité morale, mais aussi un investissement stratégique dans la paix régionale et la résilience du système à long terme.
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