Pauvreté périodique en Côte d’Ivoire

Pauvreté périodique en Côte d'IvoireLa pauvreté menstruelle en Côte d’Ivoire a eu de vastes implications pour les femmes et les filles. L’inégalité entre les sexes au sein de la société a compromis la santé et l’hygiène menstruelles de nombreuses femmes. La santé menstruelle constitue également un problème majeur dans les prisons ivoiriennes. Ces dernières années, plusieurs groupes français et internationaux se sont battus contre ce problème à l’échelle nationale et en Afrique de l’Ouest.

Pauvreté menstruelle en Côte d’Ivoire : les bases

La pauvreté périodique entraîne accès très limité – voire inexistant – aux produits menstruels, ainsi que l’espace sûr et privé pour les utiliser. En Côte d’Ivoire, les stigmates sociaux autour des menstruations ont aggravé la pauvreté menstruelle et ont entraîné des taux élevés d’absentéisme scolaire chez les jeunes femmes et les filles. Entre 2021 et 2022, l’UNICEF a rapporté que En Côte d’Ivoire, 20 % des femmes et des filles ne sont pas allées à l’école pour des raisons liées aux règles. Cela se compare à environ 15 % au Burkina Faso voisin.

La santé menstruelle dans les prisons ivoiriennes

L’un des défis spécifiques auxquels le pays s’attaque concerne la santé menstruelle et l’hygiène dans les prisons. Selon Le Monde, environ 448 femmes ont été incarcérées en Côte d’Ivoire début 2021. Avec la population carcérale nationale à la fin de cette année totalisant plus de 21 000, l’écrasante majorité des détenus sont des hommes adultes. En tant que telles, les installations pénitentiaires ivoiriennes ne sont pas conçues pour assurer la santé et le bien-être des femmes incarcérées.

La plus grande prison de Côte d’Ivoire, Yopougon, est déjà gravement surpeuplée, avec un excédent de 9 000 détenus, dont 300 femmes. Dans la ville d’Aboisso, des rapports suggèrent que des cellules exiguës peuvent contenir chacune jusqu’à 14 femmes. Associé au manque de points d’accès pour les produits menstruels stériles, le risque d’infection dans ces espaces est élevé.

Certaines organisations locales ont déployé des efforts pour améliorer les conditions de détention des femmes en termes de pauvreté menstruelle. Le président du Soutien aux Mères et aux Enfants en Détresse de Côte d’Ivoire (SMED-CI), Madoussou Touré, s’est efforcé d’obtenir des produits sanitaires auprès de donateurs privés et de les redistribuer aux prisons ivoiriennes.

Le « dehors » : espace, stigmatisation et société

En dehors du système pénitentiaire, les femmes et les filles continuent de lutter contre la pauvreté menstruelle en Côte d’Ivoire. Le manque d’espace privé et propre pour l’entretien des règles a été signalé par une femme ivoirienne sur cinq. Les facteurs économiques et infrastructurels ne représentent qu’une partie du problème. Tabous sociaux et les structures patriarcales profondément enracinées n’encouragent guère les filles à aller à l’école pendant leurs règles. Cette réalité crée une culture de honte et de marginalisation parmi les jeunes femmes. Des entretiens avec plusieurs habitants indiquent que les inégalités entre les sexes continuent de jouer un rôle dans l’absentéisme scolaire.

Pourtant, contrairement à d’autres sociétés ouest-africaines qui considèrent les règles comme un « polluant », certaines études suggèrent que les soi-disant « tabous menstruels » ne sont pas un élément omniprésent dans la société ivoirienne. L’anthropologue Alma Gottlieb a enquêté sur les pratiques du peuple autochtone Beng de Côte d’Ivoire et a reconnu que les croyances concernant les femmes menstruées sont restrictives en termes de travail. Elle souligne cependant que les menstruations sont plutôt considérées comme un symbole de fertilité, et non comme un obstacle ou une faiblesse. Ces résultats sont encourageants dans le sens où il pourrait être plus facile de briser les mythes sociaux autour des règles en Côte d’Ivoire que dans d’autres pays voisins.

Quelles mesures sont prises

Un certain nombre d’ONG francophones ont organisé des programmes et des événements de sensibilisation pour lutter contre la problématique de la pauvreté menstruelle en Côte d’Ivoire. Actu’Elles et Gouttes Rouges, deux groupes de défense des droits des femmes qui défendent la santé et le bien-être menstruels, ont organisé la Menstrues Libres à Abidjan en mai 2018. Le festival abordait plus directement la pauvreté menstruelle dans les prisons avec un panel d’experts et était le premier du genre en Afrique de l’Ouest.

En 2020, L’UNICEF et le FNUAP ont organisé un symposium pour discuter de la santé menstruelle et de la pauvreté menstruelle en Afrique de l’Ouest et du Centre. Un sujet à noter était que l’UNFPA, en partenariat avec les ministères de l’Éducation et de la Santé de Côte d’Ivoire, avait élaboré un guide de santé et d’hygiène menstruelles (MHH). Le guide MHH est mis à disposition dans les établissements de santé locaux et municipaux, et des mesures sont prises pour promouvoir l’accessibilité à l’échelle nationale.

Plusieurs avocates ivoiriennes ont également a fait campagne pour l’inclusion de l’éducation sexuelle dans les écoles. Nous espérons que cela permettra de démanteler certains des tabous sociaux néfastes autour de la menstruation, mais également de préparer les adolescents à de futures relations.

Certains indicateurs socio-économiques prometteurs ont souligné l’importance de lutter contre la pauvreté périodique en Côte d’Ivoire. La nation était, en 2020, l’un des croissance la plus rapide économies en Afrique subsaharienne. Depuis la fin de la guerre civile, les femmes ont émergé dans les secteurs politiques et financiers, en particulier sur le marché dominant du cacao. Ces opportunités ne sont possibles que lorsque l’éducation des filles est cohérente et accessible à tout moment du mois.

-Cara Jenkins