Enseignement supérieur pour les réfugiés : une bourse pour les femmes

Enseignement supérieur pour les réfugiésUn enfant réfugié est beaucoup moins susceptible que presque tout autre jeune de mettre les pieds dans un amphithéâtre universitaire, et une jeune femme réfugiée est la moins susceptible de toutes. À l’échelle mondiale, seulement 9 % des jeunes réfugiés sont inscrits dans l’enseignement supérieur, contre une moyenne mondiale d’environ 42 %. Un programme a consacré plus de trois décennies à développer l’enseignement supérieur pour les réfugiés, et il touche aujourd’hui plus de femmes qu’à aucun autre moment de son histoire.

Une porte étroite vers l’université

Les obstacles à l’enseignement supérieur pour les réfugiés s’accumulent rapidement : frais de scolarité prohibitifs, restrictions juridiques, barrières linguistiques et simple coût de la survie qui prime sur les études. Les femmes sont confrontées à une couche supplémentaire. Pour 10 garçons réfugiés inscrits dans l’école secondaire, seules sept filles sont inscrites, ce qui réduit le bassin de personnes pouvant accéder à l’université.

Le résultat est une forte perte de potentiel. Les filles réfugiées qui quittent l’école prématurément sont plus susceptibles de se marier jeunes, moins capables de subvenir à leurs besoins et à ceux de leur famille et moins capables de participer à la reconstruction de leurs communautés. L’enseignement supérieur offre une voie dans l’autre sens, vers l’emploi, l’autonomie et le leadership, mais uniquement pour ceux qui peuvent y accéder.

La bourse conçue pour les réfugiés

L'Initiative universitaire allemande Albert Einstein pour les réfugiés, connue sous son acronyme allemand DAFI (Deutsche Akademische Flüchtlingsinitiative Albert Einstein), existe pour élargir l'accès des réfugiés à l'enseignement supérieur. Financé principalement par le gouvernement allemand et administré par le Haut-Commissariat des Nations Unies pour les réfugiés (HCR) depuis 1992, il offre des bourses universitaires complètes aux réfugiés dans leur pays d'asile, couvrant non seulement les frais de scolarité et les frais, mais également les livres, le transport, l'hébergement et les soins de santé. Depuis sa création, le programme a soutenu plus de 27 200 étudiants réfugiés dans 59 pays d’accueil.

DAFI fait plus que payer des frais. Les boursiers bénéficient d'un tutorat académique, d'un soutien linguistique, d'un mentorat et d'un réseautage, et de nombreux diplômés reviennent pour guider la cohorte suivante. Au Burundi, par exemple, d’anciennes universitaires dirigent le DAFI Women Power Club, une initiative de mentorat dirigée par des femmes réfugiées déterminées à aider les jeunes femmes à accéder à l’enseignement supérieur. Grace, diplômée en santé publique de la République démocratique du Congo (RDC) qui a été présidente du club, définit clairement la mission : « Nous devons encore combattre l'idée selon laquelle une femme instruite ne fera pas une bonne épouse. Mais nous continuons d'aller de l'avant et d'encadrer les jeunes filles réfugiées et les femmes qui nous succèdent afin qu'elles puissent devenir des leaders et avoir un certain impact dans ce monde. » Ce modèle selon lequel les femmes soulèvent des femmes est désormais au cœur de l'approche du programme.

Une année record pour les femmes

L’accent mis sur les femmes produit des résultats mesurables. En 2024, les femmes représentaient 45 % de tous les boursiers du DAFI, soit la part la plus élevée dans l'histoire du programme, contre 42 % l'année précédente, et 60 % des bourses nouvellement attribuées sont allées à des femmes, soit une forte augmentation par rapport aux 40 % de l'année précédente. Les gains sont venus d’une sensibilisation ciblée dans les endroits où les écarts entre les sexes sont les plus importants. En Éthiopie, les inscriptions féminines ont augmenté de 14 %, les femmes représentant plus de 75 % des nouveaux boursiers, soutenues par un tutorat, des activités de sensibilisation et une aide financière pour les filles encore au lycée.

Le Kenya montre à la fois le besoin et le modèle à l’œuvre. Le pays accueille plus de 774 000 réfugiés et demandeurs d'asile, les camps de Kakuma et Dadaab abritant des dizaines de milliers d'enfants en âge scolaire. Là-bas, le programme DAFI est géré au nom du HCR par Windle International Kenya, qui donne la priorité aux filles et aux femmes dans ses bourses d'études afin de remédier directement à l'écart entre les sexes. Pourtant, le fossé en matière d’accès reste flagrant. Dans les camps de réfugiés, moins d’un jeune éligible sur dix accède à l’enseignement supérieur, et dans les camps comme Kakuma et Dadaab, cette proportion est depuis longtemps encore plus faible.

Progrès face à un vent contraire en matière de financement

DAFI est la source d’enseignement supérieur la plus importante et la plus ancienne pour les réfugiés. Cette portée est désormais confrontée à une menace sérieuse. En 2024, le nombre de boursiers DAFI est tombé à 7 890, contre un record de 9 312 en 2023, la première baisse depuis la pandémie de COVID-19, due à la diminution du financement humanitaire mondial. La demande n’a pas diminué avec cela. En 2024, environ 5 000 candidats ont concouru pour seulement 879 nouvelles bourses, ce qui signifie que moins d’un sur cinq a été accepté.

De nouveaux efforts tentent de maintenir la ligne. En 2025, USA for HCR a lancé la campagne Building Better Futures, qui vise à collecter 15 millions de dollars d'ici 2028 pour financer 1 000 bourses d'études pour les femmes réfugiées et a déjà obtenu 3,1 millions de dollars de dons principaux.

Garder la porte ouverte

DAFI ne peut à lui seul combler le déficit d’éducation des réfugiés, et les pressions financières sont réelles. Malgré cela, le taux d’inscription des réfugiés dans l’enseignement supérieur est passé de 1 % en 2019 à 9 % en 2025, et DAFI reste l’un des rares moyens par lesquels une femme réfugiée peut obtenir un diplôme. Lorsqu'une jeune femme d'un camp comme Kakuma arrive dans un amphithéâtre universitaire, l'effet s'étend au-delà de sa propre vie, jusqu'à sa famille et la communauté qu'elle contribuera un jour à reconstruire. Un investissement soutenu est ce qui permettra à la prochaine jeune femme de rester ouverte.

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