Human Rights Watch a signalé une détérioration des conditions de détention au Liban en raison de la crise économique actuelle dans le pays. De la surpopulation au refus de soins médicaux, les mauvaises conditions de détention auxquelles sont confrontés les détenus au Liban reflètent brutalement la crise économique du pays et le lien indéniable entre la pauvreté et le système pénitentiaire.
Contexte : la crise économique au Liban
Le problème fondamental de ces conditions carcérales désastreuses au Liban est la crise économique actuelle et la montée de la pauvreté. L’ampleur inquiétante de la pauvreté et de l’insécurité alimentaire au Liban découle du déclin de l’activité économique, de l’instabilité politique et de l’escalade du coût de la vie.
Entre novembre 2021 et janvier 2022, Human Rights Watch a mené une enquête approfondie couvrant 1 209 ménages au Liban. Environ 70 % des ménages ont déclaré avoir des difficultés à faire face à leurs obligations financières ou être constamment en retard dans leurs dépenses de base. Les résultats de l’enquête soulignent la gravité de la situation et la manière dont ces expériences affectent les conditions carcérales actuelles dans le pays.
Le budget alloué au ministère de l’Intérieur, chargé de la gestion des prisons, a en effet officiellement connu des augmentations ces dernières années. Cependant, la dévaluation spectaculaire de la monnaie, la livre ayant perdu 98 % de sa valeur depuis 2019, associée à des taux d’inflation annuels qui montent en flèche, a progressivement diminué son pouvoir d’achat effectif. L’inflation aggrave encore le défi pour les familles qui ont de plus en plus de difficultés à acheter des aliments supplémentaires pour compléter leurs activités. les rations déjà maigres des prisonniers.
Les conditions de détention épouvantables
Ces réductions budgétaires et les taux d’inflation élevés qui frappent le Liban depuis 2019 sont corrélés au mauvais état de ses prisons.
Même si les visites familiales ont été rétablies, les taux d’inflation croissants et les coûts exorbitants de la nourriture et du carburant ont constitué de formidables obstacles pour de nombreuses familles qui, autrement, apporteraient une assistance à leurs proches incarcérés. Simultanément, la forte demande de repas fournis par les prisons a coïncidé avec la flambée des prix des denrées alimentaires. Ces défis, ainsi que la dévaluation de la monnaie libanaise, rendent difficile le respect des obligations financières envers les fournisseurs de produits alimentaires sous contrat.
De nombreux établissements pénitentiaires à travers le Liban sont aux prises avec une grave surpopulation. Cette surcapacité est le résultat d’une hausse des taux de criminalité, de la longueur des procédures judiciaires entraînant des libérations retardées et de l’incapacité de nombreux détenus qui ont purgé leur peine de payer les frais nécessaires à leur libération. Les centres de détention à travers le Liban ont une capacité collective de 4 760 personnes, mais ils détiennent actuellement environ 8 502 personnes, dont seulement 1 094 ont été condamnées, selon les Forces de sécurité intérieure, responsables de la gestion des prisons au Liban.
L’ampleur de la surpopulation au sein du système carcéral libanais est profondément inquiétante et a conduit à une détérioration des conditions humanitaires et de vie, entraînant un déclin des soins de santé, de l’accessibilité à la nourriture et de la sécurité globale.
Parallèlement aux réductions budgétaires, les personnes incarcérées se voient refuser des soins médicaux vitaux. En 2018, plus de 800 détenus ont été transportés vers des hôpitaux, alors qu’en 2022, seuls 107 ont reçu de tels soins, alors que la population carcérale globale reste constante.
Les efforts du Comité international de la Croix-Rouge (CICR)
En 2019, le Comité international de la Croix-Rouge (CICR) engagé dans la rénovation de centres de détention spécifiques, en collaboration avec les autorités détentrices. Il a restauré le système de ventilation de la prison militaire de Rihaniyeh et introduit un nouveau système de ventilation dans la prison de Tripoli, qui relève de la juridiction des Forces de sécurité intérieure.
En outre, il travaille aux côtés des autorités détentrices pour améliorer les services de soins de santé. Cela comprend le don d’un appareil à rayons X au centre médical de la prison de Roumieh et la réalisation de procédures de désinfection dans les cellules de la prison centrale de Tripoli en 2014, visant à prévenir la transmission de la gale et d’autres maladies contagieuses. Parfois, il fournit aux détenus des produits de première nécessité, tels que des vêtements, des articles d’hygiène, des matelas et des couvertures.
En 2015, le CICR a alloué 1 million de dollars pour l’amélioration des conditions de vie des détenus. Une partie de ces fonds a été affectée à la rénovation des prisons de district. Depuis leur accord avec le gouvernement en 2007, ils effectuent des visites régulières dans divers centres de détention à travers le Liban. De 2014 à 2015, le CICR a effectué plus de 200 visites de prisons dans le cadre de son engagement à surveiller et à améliorer les conditions de détention.
Le travail de l’Association Justice et Miséricorde (AJEM)
Depuis 1998, l’Association Justice et Miséricorde (AJEM), une organisation libanaise à but non lucratif, s’engage activement auprès de tous les établissements pénitentiaires du Liban, fournissant des services de conseil aux détenus dans divers endroits. Cet accès leur a permis d’exécuter des interventions individuelles et collectives auprès de la population incarcérée, ainsi que de mettre en œuvre de nombreux programmes et projets au fil des années.
Afin de soutenir les soins de santé en prison, l’AJEM mène des actions de prévention, de traitement et de prise en charge du VIH/SIDA. Cela comprend l’offre de services de conseil et de dépistage volontaires dans les prisons libanaises centrales et régionales, l’organisation de séances d’information, d’éducation et de communication (IEC) dans les établissements pénitentiaires pour les populations clés afin de les sensibiliser au VIH et à d’autres maladies transmissibles et la fourniture d’un soutien accessible aux personnes à risque en prison. .
Le refuge AJEM Rabieh
Le refuge AJEM Rabieh, fondé en 2012 et opérationnel aujourd’hui, est une initiative de logement traditionnelle qui vise à fournir aux détenus une gamme de services de soutien étendus, leur permettant de retrouver une vie autonome, un emploi sûr et un logement permanent. Cela contribue à atténuer le risque de surpopulation carcérale. Le projet garantit une réintégration harmonieuse dans la société.
Ces initiatives servent de moteur à de nouvelles transformations. Sur la base de ces évaluations, il est impératif pour le gouvernement libanais de formuler et d’exécuter des stratégies à la fois immédiates et à long terme pour remédier aux conditions de détention et assurer la protection des droits des individus.
– Susanna Andrian
*