Faire progresser l’ODD 1 au Liban : créer des moyens de subsistance

ODD 1 au LibanODD 1 au LibanAvec neuf réfugiés syriens sur dix au Liban incapables de répondre à leurs besoins fondamentaux, huit réfugiés palestiniens sur dix vivant au Liban dans la pauvreté et près d’un million de citoyens déplacés à l’intérieur du pays, les réductions drastiques de l’aide internationale en 2025 menacent de plonger des centaines de milliers de personnes encore plus profondément dans la misère. L'Agence des Nations Unies pour les réfugiés (HCR) signale un déficit de financement de 74 % pour son opération au Liban, ce qui oblige à de sévères réductions des programmes de santé, d'hébergement et d'assistance en espèces. Alors que le monde poursuit l’objectif de développement durable (ODD) 1, la mission de mettre fin à la pauvreté sous toutes ses formes, la crise actuelle au Liban rappelle de manière poignante que l’aide d’urgence ne peut à elle seule briser le cycle. En réponse à cette réalité, des programmes innovants s'orientent vers la création de moyens de subsistance durables pour les réfugiés au Liban, créant ainsi des tremplins économiques pour les plus vulnérables tout en fortifiant les communautés locales fracturées. Voici des informations sur l’ODD 1 au Liban.

Une crise à plusieurs niveaux pour les réfugiés

Le Liban accueille plus de 660 000 réfugiés syriens enregistrés et environ 450 000 réfugiés palestiniens, une population dont la vulnérabilité aiguë s'ajoute au profond effondrement économique du pays hôte, classé parmi les pires au monde depuis le 19e siècle. Une évaluation socio-économique réalisée en 2025 par l'International Rescue Committee (IRC) a révélé que 90 % des réfugiés syriens au Liban vivent désormais dans une pauvreté extrême, tandis qu'un rapport de l'Office de secours et de travaux des Nations Unies (UNRWA) a révélé que plus de 80 % de leurs homologues palestiniens se trouvent dans des circonstances similaires de paupérisme.

En plus de cette dévastation économique, la guerre avec Israël qui a commencé fin 2023 a considérablement aggravé le sort des plus vulnérables, les hostilités israéliennes se poursuivant malgré un cessez-le-feu officiel. Fin 2024, la guerre avait déplacé plus de 878 000 personnes au Liban, endommagé des infrastructures vitales telles que des installations d’approvisionnement en eau et des écoles et restreint davantage l’espace déjà restreint de l’activité économique, en particulier dans les régions frontalières du sud.

Les obstacles systémiques aux moyens de subsistance

Pour les réfugiés et les déplacés internes sans papiers, les barrières juridiques et systémiques entravent la voie vers des moyens de subsistance sûrs au Liban. Les politiques restrictives en matière de permis de travail et l’effondrement des marchés du travail formels ont poussé les réfugiés vers un travail informel, précaire et souvent exploiteur. Cette réalité enferme les familles dans un cycle de dépendance à l’aide, au moment même où cette aide est retirée, tout en empêchant toute voie viable vers une véritable reprise économique. Le secteur humanitaire lui-même est confronté à des défis internes pour favoriser des solutions durables. Une étude du Conseil norvégien pour les réfugiés (NRC) souligne que malgré les engagements en faveur de la « localisation » – l’effort visant à responsabiliser les organisations nationales et communautaires – le financement et l’autorité décisionnelle restent souvent centralisés au sein des grandes agences internationales. Cette déconnexion a entravé le développement de programmes de subsistance adaptés à la culture et intégrés aux écosystèmes économiques locaux.

Un modèle d'autonomisation : le projet de rétablissement social de l'IRC

Un exemple concret d'approche conçue pour surmonter ces obstacles est le projet de soutien aux besoins de relèvement social des groupes vulnérables, phase II (SRP2)., une initiative de 5,6 millions de dollars que la Banque mondiale a financé et que l'IRC a mis en œuvre. Grâce à une stratégie conçue pour s’éloigner du financement de secours unilatéral conventionnel, myope, descendant et provisoire qui perpétue les cycles de dépendance, le projet finance un réseau d’ONG libanaises pour fournir des interventions intégrées de renforcement des capacités. Cela comprend des services de soutien essentiels tels que la gestion de cas pour les survivants de violences basées sur le genre et des conseils en matière de santé mentale, qui répondent à la profonde détresse psychosociale qui peut empêcher les individus de chercher ou de conserver un emploi.

Le projet relie explicitement les services de rétablissement à l’autonomisation économique à long terme grâce à une conception qui intègre la formation professionnelle, le développement des compétences numériques et l’aide au placement directement dans son cadre de rétablissement. L’accès accru et l’amélioration de la qualité des services pour ses groupes cibles, notamment les survivants de VBG, les personnes souffrant de problèmes de santé mentale et les personnes handicapées, mesurent son succès. Par exemple, un survivant de violence bénéficiant d’un soutien psychosocial peut également accéder à une formation professionnelle adaptée au marché, brisant ainsi l’isolement du traumatisme et créant des sources pratiques de revenus. En acheminant les fonds de la Banque mondiale via l'IRC vers les ONG partenaires locales, le modèle renforce activement la résilience organisationnelle du pays. Cette approche de « graduation » du partenariat vise à favoriser des institutions locales plus fortes et autonomes, en s’attaquant directement au déficit de localisation identifié dans la recherche sectorielle.

L’impératif de l’investissement stratégique

Une planification humanitaire plus large reflète le changement stratégique vers les moyens de subsistance. Le Plan de réponse à la crise 2025 de l'Organisation internationale pour les migrations (OIM) pour le Liban alloue 12,6 millions de dollars spécifiquement pour « les moyens de subsistance et la reprise économique », partant du principe qu'investir dans l'action économique des citoyens est la pierre angulaire de la stabilité. Les recherches de l'IRC ont révélé que les ONG gèrent près de 70 % des centres de soins de santé primaires au Liban, confirmant le rôle central du secteur là où la capacité de l'État est encore limitée. Aider ces acteurs locaux à mettre en œuvre des programmes économiques constitue non seulement une extension naturelle de leur travail, mais également une utilisation prudente des réseaux locaux déjà établis et expérimentés.

La voie à suivre pour l’ODD 1 au Liban

La réalisation de l’ODD 1 au Liban nécessite une stratégie prospective à plusieurs niveaux pour faire face à la crise des moyens de subsistance des réfugiés et des personnes déplacées à l’intérieur du pays. L’aide humanitaire immédiate reste essentielle pour éviter une détérioration catastrophique du niveau de vie, ce qui fait du déficit de financement actuel une priorité urgente. Parallèlement, les donateurs et les responsables de la mise en œuvre doivent accroître de manière stratégique et significative leurs investissements dans les moyens de subsistance durables des réfugiés et dans les efforts de reconstruction. Cela signifie financer des programmes intégrés associant services de protection et formation professionnelle, plaider en faveur de politiques élargissant les droits légaux du travail et, plus important encore, donner suite aux engagements de localisation en fournissant un financement direct et flexible aux organisations autochtones possédant les connaissances communautaires nécessaires pour gérer des programmes efficaces. Un arrêt durable de l’agression militaire israélienne dans le sud reste une condition préalable fondamentale à la stabilité et à la reprise économique.

Des programmes comme le SRP2 démontrent qu’en liant intentionnellement la reprise aux opportunités économiques et en renforçant les partenaires locaux, l’aide internationale peut passer d’une dépendance durable à une promotion de l’autonomie. Pour que l’ODD 1 passe de l’aspiration à la réalité au Liban, permettre aux personnes déplacées de se réinstaller et donner aux réfugiés les moyens de construire leurs propres moyens de subsistance durables est une approche indispensable.

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