En 2015, le taux d’activité des femmes au Maroc était de 26%, parmi les plus bas au monde. Ce pourcentage n’avait pas évolué depuis 1990, et en 2020, il avait diminué jusqu’à un point bas de 23,1 %. Ces données confirment les conclusions du rapport 2022 du Haut-Commissariat au Plan (HCP), l’organisme chargé de produire les statistiques officielles au Maroc, montrant que «[eight] femmes sur 10 dans le pays restent en dehors du marché du travail. Le HCP a également publié un rapport sur la pauvreté multidimensionnelle des femmes au Maroc mesurant quatre dimensions : l’éducation, la santé, l’activité économique et les conditions de vie. Il a montré une amélioration de l’incidence de la pauvreté multidimensionnelle chez les femmes âgées de 18 ans et plus avec un niveau national de 16,5 % en 2021 contre 18,1 % en 2014. Cependant, il a également constaté que le COVID-19 avait fait reculer le pays de six ans en termes d’efforts. pour lutter contre la pauvreté féminine. De plus, l’écart salarial entre hommes et femmes au Maroc est toujours important.
La pandémie de COVID-19 et les normes de la société
Les conditions de travail des femmes se sont en effet aggravées avec la pandémie de COVID-19, car les femmes occupaient la plupart des emplois dans les secteurs touchés et l’économie informelle, entraînant une perte de revenus et d’emplois.
Les normes de genre sociétales dictent que les femmes assument le fardeau de la garde des enfants et des tâches ménagères. Pour les femmes qui développent des ambitions, le manque de structures d’accueil pour les enfants et les normes sociétales traditionnelles les empêchent souvent de suivre ces ambitions, s’attendant à ce qu’elles supportent l’essentiel du fardeau domestique. Les données d’ONU Femmes montrent en effet que les femmes et les filles âgées de 15 ans et plus consacrent en moyenne 20,8 % de leur temps aux tâches domestiques et aux soins non rémunérés, contre moins de 3 % pour les hommes.
Écart d’état civil
Le rapport 2015 de la Banque mondiale sur les avantages sociétaux de l’autonomisation des femmes a révélé un « écart de statut matrimonial » flagrant – la « différence relative dans la participation au marché du travail entre les femmes mariées et celles qui ne sont jamais mariées ». Cet écart monte à 70% au Maroc, suggérant que la plupart des femmes qui entrent sur le marché du travail en sortent après le mariage. Ceci est principalement le résultat des rôles de genre profondément enracinés dans la société marocaine, les femmes mariées supportant encore plus la charge domestique que les femmes célibataires.
Les femmes sont surreprésentées dans l’emploi informel avec 65% de femmes travaillant dans des emplois précaires ou non rémunérés contre 37% d’hommes, selon l’USAID. Les femmes obtiennent également des rendements inférieurs pour leur travail avec un écart salarial entre les sexes pouvant atteindre 77 %. Dans les zones rurales, 96 % des femmes ayant un faible niveau d’éducation travaillent dans l’agriculture de base, tandis que dans les zones urbaines, les femmes ayant une éducation secondaire rejoignent rarement la population active car leur accès à des « emplois appropriés » est limité, selon la Banque mondiale.
Pas en avant
Bien que les données pour suivre une évolution positive fassent défaut, le Maroc a montré une volonté de suivre « diverses conventions, déclarations, recommandations et résolutions concernant les droits des femmes » que l’ONU a introduites. Au début des années 2000, l’ONU a souligné que le Maroc avait renforcé son cadre juridique relatif à l’égalité des sexes, en institutionnalisant l’égalité et la parité en tant que valeurs constitutionnelles et en adoptant un ensemble de lois et de réformes ainsi qu’une politique publique intégrée pour l’égalité et des programmes de promotion. des droits des femmes. Cependant, ces efforts de réforme ont souvent eu lieu dans un climat politique complexe qui s’oppose parfois à un programme de réforme visant à soutenir l’autonomisation économique des femmes.
Pour que ces initiatives d’égalité des sexes et d’autonomisation des femmes soient efficaces, le Maroc devra les mettre en œuvre de manière systémique. Depuis 1985, l’Association Démocratique des Femmes Marocaines (ADFM) a accompli des réalisations importantes en s’associant avec d’autres associations de femmes pour faire progresser les droits des femmes dans la région. L’ADFM a notamment fait campagne pour réformer le système de sécurité sociale marocain, en promouvant des débats visant à protéger les travailleuses vulnérables en garantissant une égalité systémique entre les sexes, ce qui réduira l’écart salarial entre les sexes au Maroc, entre autres avantages.
L’avenir
Dans l’indice mondial de l’écart entre les sexes du Forum économique mondial 2021, le Maroc s’est classé 140e sur 149 pays. En raison de la tradition et des normes sociales, seule une très faible proportion de femmes marocaines travaillent et celles qui travaillent sont confrontées à de fortes inégalités en matière d’accès à l’emploi et de rémunération. Cependant, les initiatives mises en œuvre au cours de la dernière décennie visent à faire évoluer l’état d’esprit sociétal et à aligner le cadre juridique marocain sur les objectifs de développement durable des Nations Unies, en particulier l’égalité des sexes.
Il convient de noter qu’autonomiser les femmes, les encourager à rejoindre le marché du travail et réduire l’écart salarial entre les sexes au Maroc est non seulement juste mais aussi économiquement judicieux. L’OCDE a constaté en 2020 que si les femmes jouaient un « rôle identique à celui des hommes sur les marchés du travail », les régions du Moyen-Orient et de l’Afrique du Nord (MENA) pourraient enregistrer des gains macroéconomiques substantiels avec une augmentation allant jusqu’à 47% de leur produit intérieur brut (PIB ).
– Hanna Bernard
Photo : Flickr
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