
Dharavi, le plus grand bidonville d'Asie, est situé au cœur de Mumbai. C'est un symbole de pauvreté urbaine. Derrière le chaos visuel et les ruelles serrées se cache une économie de bidonville indien très fonctionnelle. Cette économie informelle comprend des milliers de micro-entreprises telles que des ateliers de maroquinerie, des entreprises de recyclage et des unités de confection, entre autres. Offrant des emplois à des dizaines de milliers de personnes, cette remarquable économie locale génère environ 1 milliard de dollars par an.
Le moteur invisible
Dharavi compte des milliers de petits ateliers et micro-entreprises. De nombreuses maisons fonctionnent comme des unités de production, produisant des biens tels que des produits en cuir, des textiles et des bijoux, ainsi que des articles de niche comme le tissage du plastique, dont certains seraient exportés. Bien que ces affirmations ne puissent pas être entièrement vérifiées par la documentation officielle, le bouche-à-oreille suggère une activité commerciale généralisée. Certaines sources indiquent qu'il existe plus de 20 000 mini-unités de fabrication avec une production annuelle cumulée proche d'un milliard de dollars.
Marges du marché
Si l’économie des bidonvilles indiens est florissante, elle présente également des limites. L’informalité contribue au manque de protection, aux conditions de travail précaires et à l’exploitation. La plupart des travailleurs ne disposent pas de contrats formels ni d’avantages légaux. Beaucoup sont confrontés à des conditions de travail et de construction dangereuses qui peuvent entraîner des maladies, voire la mort, car les mesures de sécurité sont rarement appliquées.
Ces problèmes font désormais partie d’un débat plus large autour du réaménagement. Certains défenseurs, tels que le groupe Adani et ses partisans, ont cité les mauvaises conditions de travail pour justifier des plans de réaménagement qui pourraient démanteler l'économie et le mode de vie existants.
Risques de réaménagement
Le réaménagement pourrait, en théorie, profiter à l’économie informelle grâce à la formalisation, aux mesures de sécurité et à l’amélioration des infrastructures. Cependant, les projets actuels, en particulier le projet de réaménagement du groupe Adani, suscitent de vives inquiétudes. Selon le gouvernement d'opposition indien, le projet semble donner la priorité aux gains privés plutôt qu'au bien-être de la communauté, avec le potentiel de déplacer jusqu'à 700 000 personnes. Certains sites résidentiels alternatifs proposés par le gouvernement sont situés loin de l'économie existante et des sources de revenus des résidents actuels.
Rahul Gandhi a déclaré : « Ce gouvernement a remis Dharavi à Adani », l'accusant d'« enrichir ses copains ». Pour de nombreux vendeurs de Dharavi, le projet « a suscité des craintes importantes parmi les résidents concernant leurs moyens de subsistance, leur éducation et leurs opportunités », selon Land Conflict Watch. Les industries qui prospèrent ici ne peuvent pas se limiter aux modèles commerciaux traditionnels basés sur des parcelles de terrain standardisées ou des unités fermées sans cours ouvertes ni accès piétonnier.
Ce dont Dharavi a besoin
Dharavi n'a pas besoin d'être remplacé : il a le potentiel de faire partie de l'avenir urbain de l'Inde. Alors que le réaménagement est souvent présenté comme un moyen d’apporter sécurité, ordre et opportunités, les projets actuels, en particulier ceux menés par des acteurs privés comme Adani, risquent d’avoir l’effet inverse. Le Dharavi Bachao Andolan (Mouvement Sauvez Dharavi) craint que le réaménagement ne donne la priorité à l’acquisition de terres plutôt qu’au bien-être de la communauté.
L’économie informelle ici n’est pas accidentelle mais plutôt un système fonctionnel avec une « micro-économie florissante » construite sur la proximité, l’espace partagé et des réseaux denses, selon un rapport du Toda Peace Institute. Pour que le réaménagement profite véritablement à cette communauté, il doit tenir compte de la manière dont les résidents vivent et travaillent déjà. Comme le note Land Conflict Watch, les décisions du gouvernement « indiquent que le gouvernement donne la priorité aux profits [the] promoteur immobilier sur les intérêts des résidents de Dharavi.
S’il est mis en œuvre de manière inclusive, le réaménagement pourrait apporter des conditions plus sûres, de meilleures infrastructures et une meilleure protection des travailleurs. Cependant, cela nécessiterait de garantir que les résidents participent activement aux processus de planification, comme le souligne Slum Dwellers International. Ce cas souligne l’importance d’aborder les économies informelles par l’inclusion et la collaboration plutôt que par le remplacement.
Regarder vers l'avenir
La résilience de Dharavi montre que progrès et préservation peuvent coexister. Grâce à une planification inclusive qui sauvegarde les emplois, renforce la sécurité et implique les résidents dans la prise de décision, le réaménagement peut améliorer les conditions de vie tout en protégeant les moyens de subsistance. Si cela est fait de manière responsable, Dharavi peut constituer un modèle de rénovation urbaine pilotée par la communauté en Inde.
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