Ouvrir la voie : l’éducation bilingue au Sénégal

L'éducation bilingue au SénégalLe Sénégal a longtemps eu recours au français comme seule langue d’enseignement. Cependant, cette approche ne reflète pas la réalité linguistique de sa population.

Selon la Fondation Gates, les étudiants sénégalais reçoivent traditionnellement un enseignement en français, même si moins de 1 % de la population du pays le parle à la maison. Environ 80 % des Sénégalais parlent le wolof. Cette déconnexion signifiait que la plupart des enfants apprenaient à lire et à écrire dans une langue qu’ils ne comprenaient pas entièrement.

Ce défi n’est pas propre au Sénégal. Selon l'Organisation des Nations Unies pour l'éducation, la science et la culture (UNESCO), 40 % de la population mondiale n'a pas accès à l'éducation dans une langue qu'elle parle ou comprend, et environ 250 millions d'apprenants dans les pays à revenu faible ou intermédiaire sont confrontés à des barrières linguistiques. Il en résulte souvent des taux d’alphabétisation plus faibles, un engagement réduit et des taux d’abandon plus élevés, des obstacles qui affectent de manière disproportionnée les communautés défavorisées.

Un virage vers une éducation bilingue

En réponse, le Sénégal a introduit une réforme en 2015. Le ministère de l'Éducation, en partenariat avec les Associés en Recherche et Enseignement pour le Développement (ARED), a lancé un modèle d'enseignement bilingue combinant le wolof et le français.

Cette initiative s’attaque aux inégalités dans l’éducation. Plutôt que d'abandonner le français, le système l'intègre aux côtés des langues nationales, permettant aux étudiants d'acquérir des connaissances de base dans un environnement linguistique familier avant de passer à des compétences de communication plus larges.

Les recherches de l'UNESCO indiquent que les enfants développent plus facilement leurs compétences cognitives et maîtrisent le contenu lorsqu'ils sont enseignés dans une langue familière. Ces premiers progrès sont essentiels, car l’alphabétisation de base influence fortement la réussite scolaire à long terme.

Améliorations mesurables des résultats d’apprentissage

Les données probantes issues des évaluations de programmes montrent des améliorations significatives en matière d’alphabétisation et de compréhension. Une évaluation a révélé une augmentation de 29 points de pourcentage du nombre d’élèves satisfaisant aux critères de lecture et de compréhension orales par rapport à ceux enseignés exclusivement en français. Le modèle bilingue est également lié à une plus forte participation en classe, à une meilleure rétention et à des perspectives à long terme de revenus plus élevés.

La réforme a également modifié la dynamique des classes. Les enseignants qui étaient auparavant contraints par des politiques linguistiques rigides ont désormais la possibilité de communiquer dans des langues que leurs élèves comprennent, favorisant ainsi des classes plus interactives et inclusives.

Lorsque les élèves comprennent la langue d’enseignement, ils sont plus susceptibles de poser des questions, de collaborer avec leurs pairs et de développer leur esprit critique.

Préserver la culture tout en élargissant les opportunités

Au-delà des résultats scolaires, l’éducation bilingue au Sénégal joue un rôle dans la préservation de l’identité culturelle. Les langues comme le wolof sont profondément liées au patrimoine, à la communauté et à la tradition.

Le ministère de l'Éducation nationale s'engage en faveur du Modèle Harmonisé d'Éducation Bilingue au Sénégal (MOHEBS), une réforme éducative qui reconnaît l'apprentissage bilingue comme un moyen d'améliorer l'accès à l'apprentissage et de renforcer l'identité culturelle des élèves.

En intégrant ces langues dans l’éducation formelle, le Sénégal favorise l’inclusion tout en maintenant la continuité culturelle. La maîtrise du français donne également accès à des opportunités dans l’enseignement supérieur, l’emploi et la communication internationale.

Regarder vers l'avenir

Le modèle éducatif bilingue du Sénégal offre une leçon plus large aux systèmes éducatifs mondiaux : un apprentissage efficace commence par la compréhension. En alignant la politique linguistique sur les expériences vécues des étudiants, le Sénégal réduit les inégalités et élargit les opportunités. Ses progrès démontrent qu’une réforme significative nécessite des investissements dans la formation des enseignants, l’élaboration de programmes et l’engagement communautaire, et que l’apprentissage bilingue peut servir de voie vers des résultats éducatifs plus équitables.

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