Le dernier kilomètre contre la cécité des rivières au Cameroun

cécité des rivières au Camerouncécité des rivières au CamerounDans les hautes terres accidentées de l’ouest du Cameroun, une menace silencieuse a plané pendant des décennies : l’onchocercose ou « cécité des rivières ». Transmise par la piqûre de simulies se reproduisant dans les rivières au débit rapide, la maladie provoque de fortes démangeaisons, des altérations cutanées et, dans sa forme la plus avancée, une cécité irréversible. Pour les communautés vivant le long des vallées des rivières Meme et Mbam, l’onchocercose n’a pas seulement affecté la santé ; cela entrave la scolarisation, le travail et le développement dans des zones déjà pauvres.

Arrière-plan

Le Cameroun est depuis longtemps un pays d'endémie de l'onchocercose. En effet, une étude de modélisation géospatiale de l’Afrique et du Yémen a estimé qu’en 2018, la prévalence de l’infection au niveau national au Cameroun dépassait 5 % et était beaucoup plus élevée dans certaines régions focales.

En réponse, le Cameroun a lancé un traitement communautaire à base d'ivermectine en 1996 dans le cadre du Programme africain de lutte contre l'onchocercose de l'Organisation mondiale de la santé. Après la fin de l'APOC en 2015, le pays a poursuivi ses activités d'élimination par le biais du Projet spécial élargi de l'OMS pour l'élimination des maladies tropicales négligées (ESPEN), qui coordonne désormais le soutien régional.

Administration massive de médicaments

Au cœur de la stratégie du Cameroun se trouve l'administration massive annuelle de médicaments à base d'ivermectine, administrée dans le cadre d'un traitement dirigé par la communauté. Plus de 15 années de campagnes menées dans plusieurs districts ont considérablement réduit les niveaux d'infection. Dans le district sanitaire de Tombel, par exemple, après 15 années consécutives de traitement, la prévalence des microfilaires est tombée à 1,5 % et celle des nodules à 6 %, ce qui indique un progrès mais pas une interruption complète de la transmission.
Pourtant, les villages de montagne isolés présentent des défis persistants. Une étude réalisée en 2024 le long de la frontière entre le Cameroun et le Tchad a noté que la transmission de l'onchocercose persiste malgré des décennies de TIDC.

Les habitats localisés des vecteurs, la migration saisonnière des travailleurs et les lacunes dans la couverture des traitements comptent parmi les facteurs sous-jacents. Une étude détaillée dans le bassin de la rivière Meme a mis en évidence comment la pauvreté, les professions agricoles, les conditions de logement et les comportements limités en matière de recours à des soins de santé entravent tous les efforts d'élimination.

Distributeurs dirigés par la communauté

Les volontaires de santé communautaire, appelés distributeurs dirigés par la communauté (CDD), portent la responsabilité de distribuer l'ivermectine et de suivre les traitements sur des terrains difficiles. Mais leurs efforts sont limités par une faible motivation, des goulots d’étranglement logistiques et une formation limitée. Une étude qualitative menée dans trois districts ruraux du Cameroun a révélé qu'un nombre insuffisant de CDD et une mauvaise compréhension de la maladie parmi le personnel de santé entravent les progrès.

Malgré ces défis, lorsque la couverture est élevée et soutenue, les bénéfices pour la santé sont considérables. Les personnes traitées à l'ivermectine ressentent un soulagement des démangeaisons, une guérison des lésions cutanées et une prévention de la déficience visuelle, selon l'Organisation mondiale de la santé (OMS). Dans le bassin de la rivière Meme au Cameroun, les chercheurs ont également découvert qu'un traitement annuel dirigé par la communauté améliorait la productivité et réduisait la stigmatisation autour de la maladie.

L'avenir

Les progrès réalisés au Cameroun dans la lutte contre la cécité des rivières montrent à quel point la persévérance porte ses fruits. Les autorités sanitaires nationales poursuivent leurs campagnes annuelles d'ivermectine dirigées par les communautés, avec le soutien du Projet spécial élargi de l'OMS pour l'élimination des maladies tropicales négligées (ESPEN). Le pays participe également à une surveillance transfrontalière régionale avec le Tchad et le Nigéria pour suivre la transmission et partager des données.

Selon le programme ESPEN de l'OMS, plusieurs districts sanitaires du Cameroun sont déjà passés à la surveillance post-traitement après avoir interrompu la transmission, marquant ainsi des étapes clés vers l'élimination nationale.

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