
Le taux d'alphabétisation au Pakistan a considérablement augmenté au fil du temps, le chiffre national dépassant désormais 60 %. Le Pendjab est en tête de cette progression avec un taux légèrement supérieur à 66 %. Toutefois, ces statistiques ne font pas abstraction des obstacles à l'éducation que rencontre la province, particulièrement pour les familles de la classe ouvrière. Ainsi, pour en savoir plus sur les défis éducatifs dans les zones rurales du Pendjab, le projet Borgen a interviewé Laiba Waris. Waris est une jeune fille de 22 ans dont la famille a déménagé de Sialkot à Islamabad pour échapper à la pression sociétale et chercher de meilleures opportunités.
Bien qu'elle soit proche des pôles industriels du Pakistan, la campagne de Sialkot reste confrontée à des inégalités profondément enracinées. La plupart des familles dépendent des petits métiers, de l’agriculture ou du travail quotidien pour gagner leur vie. Pour beaucoup, éduquer leurs enfants, en particulier leurs filles, semble hors de portée. Les écoles sont limitées, les transports sont chers et les normes traditionnelles de genre restent fortes.
Waris est la seule de sa famille encore à l'école. Ses frères la soutiennent pleinement, faisant ce qu'ils peuvent malgré les difficultés financières. « Nous avons une petite entreprise, mais les dépenses liées à l'éducation représentent un lourd fardeau », dit-elle.
L'histoire de Waris : l'éducation au-delà des frontières
Pour surmonter ces défis éducatifs dans la campagne du Pendjab, la famille de Waris a déménagé à Islamabad. Cela a marqué un tournant dans la vie de Waris. «C'est bon pour le développement de ma personnalité et pour ma vie», dit-elle, expliquant que l'éducation universitaire lui a donné une confiance et une visibilité que les filles rurales connaissent rarement.
Pourtant, le voyage n’a pas été facile. « J'ai des difficultés à payer mes frais de scolarité et à gérer mes transports. Ma famille me soutient, mais ce n'est pas facile pour eux », ajoute-t-elle. Ses paroles reflètent la détermination tranquille de nombreux étudiants ruraux qui quittent leur foyer à la recherche d’un avenir meilleur.
La fracture entre les sexes dans les zones rurales du Pendjab
Les défis éducatifs en Les réalités rurales du Pendjab sont profondément liées au genre. Cela reflète l'écart plus grand entre les sexes dans la province, où le taux d'alphabétisation des femmes est d'environ 63,4 %, contre 75,4 % pour les hommes. Dans sa ville natale, l’éducation au-delà du baccalauréat n’est pas très courante pour les filles. « Dans notre région, l'éducation est si difficile pour les filles après le baccalauréat que très peu d'entre elles continuent », explique Waris. « La plupart se marient tôt ou commencent à travailler dans des usines. »
Waris s'estime chanceuse d'avoir des parents qui croient en l'éducation. « Ils ne sont pas conservateurs. Ils veulent que j'étudie et que j'aie un bon travail. Mais il y a encore beaucoup de pression sociale. Les gens parlent, mais ma famille m'apprécie et me soutient. » De manière encourageante, elle note également des progrès. « Autrefois, très peu de filles allaient à l'école. Mais aujourd'hui, les choses changent. Plus de filles étudient et elles sont plus passionnées que les garçons. »
Rêves et détermination
Les ambitions de Waris s'étendent bien au-delà de son village. Elle aspire à se lancer en politique pour représenter et élever sa communauté. « L'éducation est aussi importante que l'eau », dit-elle. « Cela donne du sens et du pouvoir à la vie. Sans cela, les gens restent piégés. »
Ses paroles véhiculent un message puissant à l'intention des décideurs politiques et des citoyens : les bourses, l'éducation gratuite et les systèmes de transport sont essentiels si l'on veut que les étudiants ruraux puissent rivaliser sur un pied d'égalité avec leurs homologues urbains.
La voie à suivre
L'histoire de Waris, de la campagne de Sialkot à Islamabad, reflète le dilemme plus large auquel est confrontée la classe ouvrière pakistanaise : donner la priorité à l'éducation ou se concentrer sur la survie. Son voyage met en lumière l’importance et les défis éducatifs en cascade dans les zones rurales du Pendjab.
Elle partage son histoire à la fois comme un triomphe personnel et comme un rappel que le véritable progrès dépend de la nécessité de rendre l'éducation accessible à tous, quels que soient la géographie, le sexe ou le revenu. Pour l’instant, Waris continue d’étudier, animée par l’espoir qu’un jour sa réussite contribuera à ouvrir des portes à d’autres habitants de son village qui rêvent encore d’apprendre.
*