Pour la première fois depuis des années, Port-au-Prince connaît un changement fragile, mais significatif. Des quartiers longtemps tenus sous le contrôle de bandes armées ont été partiellement libérés, permettant aux habitants de se déplacer avec une liberté devenue presque inimaginable. Après des années d’escalade de la violence, de déplacements massifs et de quasi-effondrement des services essentiels, la libération de Port-au-Prince représente plus qu’un gain tactique. Il offre une rare ouverture aux agences d’aide humanitaire qui ont du mal à atteindre les communautés en Haïti, coincées derrière des lignes de front changeantes.
Arrière-plan
L'échelle de La crise en Haïti est difficile à surestimer. Selon le Haut-Commissariat des Nations Unies aux droits de l’homme (HCDH), les gangs contrôlaient jusqu’à 90 % de Port-au-Prince pas plus tard qu’en 2025. Ils restreignaient les déplacements, bloquaient les routes commerciales et soumettaient les civils à l’extorsion, aux enlèvements et aux violences sexuelles.
Le rapport de mars 2026 de l'ONU sur l'expansion des gangs fait état de 5 519 personnes tuées et 2 608 blessées entre mars 2025 et janvier 2026, les femmes et les filles étant ciblées de manière disproportionnée. L’effondrement des institutions policières et judiciaires a laissé des quartiers entiers assiégés, gouvernés par des groupes armés dont l’autorité reposait sur la peur.
La libération de Port-au-Prince
Toutefois, les récentes opérations de sécurité ont commencé à modifier ce paysage. La Police nationale haïtienne, soutenue par des partenaires internationaux, dont le Bureau intégré des Nations Unies en Haïti (BINUH) et des contributeurs à la Mission multinationale de soutien à la sécurité mandatée par l'ONU, a repris un contrôle limité sur plusieurs routes et districts clés. Les experts de l’ONU décrivent ce moment comme un «lueur d'espoir», notant que la police est désormais plus visible et plus mobile dans des zones inaccessibles depuis des mois.
Cette évaluation trouve un écho dans les rapports plus larges de l'ONU sur les droits de l'homme, qui présentent le moment actuel comme une ouverture rare mais importante vers la stabilisation. Pour les résidents, le changement est immédiat et tangible. Ils peuvent désormais traverser les frontières des quartiers sans payer de frais d’extorsion, ainsi qu’atteindre les marchés et les centres de santé qui étaient auparavant bloqués par la violence des gangs.
Aide humanitaire en Haïti
Ce changement a de profondes implications sur l'accès humanitaire, la situation d'Haïti étant parmi les plus graves au monde. Selon le Action humanitaire des Nations Unies en faveur des enfantsplus de 6,4 millions de personnes devraient avoir besoin d’assistance en 2026, dont 1,4 million de personnes déplacées à l’intérieur du pays. En outre, seuls 10 à 11 % des établissements de santé de Port-au-Prince dotés d'une capacité d'hospitalisation fonctionnent normalement.
Les agences d'aide humanitaire n'ont pas pu atteindre les zones contrôlées par les gangs en Haïti, les obligeant à compter uniquement sur un soutien à distance ou sur des ponts aériens limités. La libération partielle de Port-au-Prince a ouvert un couloir étroit mais vital pour le travail humanitaire. Des cliniques de santé mobiles ont commencé à atteindre les personnes déplacées réfugiées dans les écoles et les camps de fortune.
La nécessité d’un soutien international soutenu
La libération du territoire a également révélé la profondeur des traumatismes endurés par les enfants. Un rapport conjoint HCDH-BINUH a révélé qu'au moins 26 gangs sont présents dans la capitale. impliqué dans le trafic d'enfants utiliser les garçons à des fins d’extorsion et d’opérations armées, tout en soumettant les filles à l’esclavage sexuel. Plus de 500 000 enfants vivent dans des zones contrôlées par des gangs et nombre d'entre eux ont été identifiés à tort comme les auteurs de ces actes, exécutés par la police ou des groupes d'autodéfense.
Même avec un accès amélioré, le système humanitaire haïtien est soumis à de fortes pressions. Les évaluations humanitaires de l’ONU avertissent que les services de lutte contre la violence sexiste sont confrontés à d’importants déficits de financement et que de nombreux sites de déplacement manquent de structures de gestion de base. Les acheminements d’aide alimentaire risquent d’être interrompus et les enfants souffrant de malnutrition aiguë pourraient ne pas être traités si le déficit de financement persiste.
Sans un soutien international soutenu, les acquis des récentes améliorations en matière de sécurité pourraient rapidement s’éroder. Le contexte politique plus large reste également incertain, car Haïti n’a pas organisé d’élections nationales depuis 2016. De plus, l’assassinat du président Jovenel Moïse en 2021 a laissé le pays sans chef d’État élu.
Les institutions de gouvernance restent faibles et les responsables des violations des droits humains, qu'elles soient commises par des gangs ou par la police, restent rares. Le rapport du HCDH décrit la situation comme une « grave détérioration » des conditions des droits humains, provoquée par l'expansion des gangs, l'effondrement des institutions et l'impunité systémique.
À mesure que l’accès à l’aide humanitaire s’améliore en Haïti, les agences soulignent la nécessité de programmes de réintégration, d’espaces sûrs, de systèmes de protection en milieu scolaire et de programmes de transferts monétaires qui réduisent les pressions économiques qui alimentent le recrutement.
Réflexions finales
La libération de certaines parties de Port-au-Prince doit être comprise non pas comme un tournant, mais comme une ouverture. Il offre l’opportunité d’intensifier l’aide d’urgence, de reconstruire les services essentiels et de renforcer la protection des femmes et des enfants. Toutefois, cela souligne également la nécessité d’un financement prévisible et d’un soutien à long terme aux institutions haïtiennes qui œuvrent au rétablissement de l’état de droit.
Pour les Haïtiens, l’espoir est que ce moment marque le début d’une reprise plus large, dans laquelle la sécurité et les opportunités remplaceront la peur et le déplacement.
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