Promouvoir l’accès à l’énergie propre en Inde

Accès à l’énergie propre en IndeL'urbanisation de l'Inde présente à la fois des défis urgents et une opportunité rare. Selon le Forum économique mondial, environ 70 % des infrastructures urbaines indiennes nécessaires d'ici 2047 doivent encore être construites. Cela signifie que les décisions prises aujourd'hui en matière de bâtiments, de transports, d'accès à l'énergie propre et d'urbanisme détermineront si les villes indiennes se développeront d'une manière plus propre, plus abordable et plus résiliente pour les communautés à faible revenu. Voici plus d’informations sur l’accès à l’énergie propre en Inde et sur les initiatives en place pour y parvenir.

L’accès à l’énergie propre comme bouée de sauvetage

Pour les familles vivant avec des revenus faibles ou irréguliers, une électricité fiable affecte la vie quotidienne de manière pratique. Il détermine si les enfants peuvent étudier la nuit tombée, si les petites entreprises peuvent faire fonctionner leurs équipements, si les ménages peuvent rester au frais en cas de chaleur extrême et si les familles peuvent accéder en toute sécurité à l’éclairage, aux ventilateurs et au chargement des téléphones. Promouvoir l’accès à une énergie propre n’est donc pas seulement un objectif environnemental. Il s’agit également d’une stratégie de réduction de la pauvreté qui peut soutenir la santé, l’éducation et les opportunités économiques.

L’Inde a réalisé des progrès majeurs en matière d’électrification des ménages, mais l’accès à l’énergie est également une question de fiabilité, d’abordabilité et de qualité. Le Conseil de l'énergie, de l'environnement et de l'eau a constaté que 96,7 % des ménages indiens étaient connectés au réseau, et 0,33 % supplémentaires dépendaient de sources d'électricité hors réseau. Cependant, la même enquête a révélé que 76 % des ménages étaient confrontés à des interruptions d'approvisionnement imprévues, tandis que les deux tiers des ménages ruraux et les deux cinquièmes des ménages urbains étaient confrontés à des pannes au moins une fois par jour. Un tiers des ménages ont également signalé au moins un problème de qualité d'approvisionnement, comme de longues coupures de courant, une basse tension ou des dommages aux appareils dus à des fluctuations de tension. Pour les ménages à faible revenu, ces écarts peuvent rendre l’électricité moins fiable et plus coûteuse à utiliser.

Pourquoi l'accès à l'énergie propre reste un défi urgent en Inde

L’accès à l’énergie propre est particulièrement important dans les villes indiennes car la croissance urbaine augmente la demande d’électricité, de refroidissement, de transport et de services municipaux. WRI India note que la part du secteur résidentiel dans la consommation totale d'électricité de l'Inde est passée de 4 % en 1997 à 24 % en 2019. Le rapport explique également que les villes peuvent améliorer leur résilience grâce à des investissements dans les énergies propres et l'efficacité énergétique dans les bâtiments, les transports et les services municipaux, ce qui peut améliorer la fiabilité et l'abordabilité.

Pour les ménages pauvres, une électricité peu fiable ou coûteuse peut affecter les travaux scolaires, le travail à domicile, la sécurité et le confort pendant les vagues de chaleur. Promouvoir l’accès à l’énergie propre grâce à des bâtiments économes en énergie, à l’énergie solaire sur les toits, au chauffage solaire de l’eau, aux lampadaires LED et à une meilleure gestion de la demande peut aider les villes à réduire les coûts tout en améliorant les services publics. Cependant, WRI Inde note également que les communautés urbaines pauvres et à faible revenu sont souvent absentes de la planification de la transition énergétique des villes, ce qui rend important pour les villes de concevoir des programmes d'énergie propre dans un souci d'équité.

La pauvreté en Inde

L’Inde a considérablement réduit la pauvreté, mais des millions de personnes sont toujours confrontées à des défis qui se chevauchent. Selon une fiche d'information du Press Information Bureau citant les estimations du NITI Aayog, la pauvreté multidimensionnelle en Inde a diminué de 29,17 % en 2013-14 à 11,28 % en 2022-23, avec environ 24,82 crores de personnes, soit 248,2 millions de personnes, ayant échappé à la pauvreté multidimensionnelle au cours de cette période. L'indice de pauvreté multidimensionnelle mesure le dénuement à travers 12 indicateurs pondérés liés à la santé, à l'éducation et au niveau de vie.

Pour les personnes vivant encore dans la pauvreté, la vie quotidienne peut inclure un travail précaire, des logements surpeuplés, un accès limité à des soins de santé de qualité, des difficultés à payer les services publics et une vulnérabilité aux chocs tels que la maladie, les vagues de chaleur ou la perte de revenus. Dans les villes, les ménages à faible revenu peuvent également être confrontés à de longs trajets, à des conditions de marche dangereuses, à une exposition à la pollution atmosphérique et à une électricité peu fiable. L’amélioration de l’accès à l’énergie propre et aux transports abordables peut réduire ces fardeaux en réduisant les coûts, en améliorant la fiabilité et en connectant plus facilement les gens aux emplois, aux écoles et aux services.

Transports durables

Les transports ont un impact sur la pauvreté, car la durée des déplacements, le coût des déplacements et la pollution de l’air influencent tous l’accès à l’emploi, à l’éducation et aux soins de santé. Dans de nombreuses villes, les gens dépendent des bus, de la marche ou des transports informels pour se rendre au travail et aux services. Si les transports publics sont saturés, polluants ou peu fiables, les résidents à faible revenu peuvent perdre du temps et des revenus.

Une note d'orientation du TERI sur la modernisation des flottes urbaines dans plus d'un million de villes indiennes a révélé que les gaz d'échappement des transports sont l'un des principaux contributeurs à la pollution atmosphérique à l'échelle des villes. Le rapport étudie l'élimination progressive de 11,4 millions de véhicules plus anciens dans 44 grandes villes indiennes. Il a estimé que cette transition pourrait permettre d'économiser environ 5,517 millions de litres d'essence et 45,467 millions de litres de diesel d'ici l'exercice 2035-36, avec des économies d'importation de pétrole d'environ Rs. 9,17 millions de lakh. Dans le cadre d’un scénario de remplacement complet des véhicules électriques, TERI prévoyait une réduction cumulée de 61 millions de tonnes d’équivalent CO2 entre les exercices 2030-31 et 2035-36. Le rapport estime également que la modernisation de la flotte pourrait générer environ 373 479 emplois dans le cadre du scénario 1 entre 2030 et 2035.

Ces résultats montrent comment les transports durables et l’accès à l’énergie propre en Inde peuvent fonctionner ensemble. Les flottes électriques réduisent la pollution plus efficacement lorsqu’elles sont soutenues par une énergie propre, une infrastructure de recharge et des sources d’énergie renouvelables telles que l’énergie solaire sur les toits. Des flottes plus propres peuvent améliorer la qualité de l’air tout en aidant les navetteurs à faible revenu à se rendre au travail, à l’école et aux soins de santé de manière plus sûre et plus fiable.

Infrastructure basée sur les données

La planification basée sur les données peut aider les villes à identifier les domaines dans lesquels les investissements dans les énergies propres, les transports et les infrastructures auront le plus grand impact. WRI Inde explique que le cadre d'évaluation ClimateSMART Cities exigeait que les villes intelligentes partagent des données avec le ministère du Logement et des Affaires urbaines sur 28 indicateurs dans cinq secteurs, dont l'énergie et les bâtiments. Ce type de reporting peut aider les villes à suivre les actions en matière d’énergie propre et d’efficacité énergétique, à comparer les progrès et à identifier les lacunes.

Dans la pratique, les données peuvent aider les municipalités à décider où installer des lampadaires LED, à améliorer les itinéraires de bus, à étendre la recharge des véhicules électriques, à donner la priorité aux bâtiments publics économes en énergie et à soutenir les quartiers confrontés à une forte chaleur ou à une forte exposition à la pollution. Cependant, les données devraient également être utilisées pour identifier les communautés mal desservies. Sans cette orientation, les projets d’énergie propre pourraient améliorer les performances de l’ensemble de la ville tout en négligeant les ménages les plus touchés par le manque de fiabilité de l’électricité, les coûts de transport élevés et les risques climatiques.

Exemples de villes

Bengaluru a pris des mesures pour développer les énergies propres et l’efficacité énergétique grâce à des actions menées par les municipalités et les services publics. WRI Inde rapporte que BESCOM a installé des systèmes solaires photovoltaïques connectés au réseau sur les toits de 123 bâtiments gouvernementaux, notamment des écoles, des dépôts de bus et des tribunaux. BESCOM a également installé 136 bornes de recharge pour véhicules électriques sur 74 sites à Bangalore. En outre, les données du cadre d'évaluation des villes ClimateSMART ont montré que Bangalore avait atteint 88 % de conversion des lampadaires aux LED d'ici 2020-2021. Ces mesures peuvent améliorer l’efficacité énergétique municipale, soutenir des transports plus propres et réduire la pression énergétique sur les services publics dont dépendent les résidents.

Delhi s'est concentrée sur l'énergie solaire sur les toits, les véhicules électriques et les mesures d'efficacité énergétique. WRI India rapporte que la politique solaire 2023 de Delhi a été approuvée en janvier 2024 avec un objectif de 4 500 MW d'ici 2027. La politique prévoit des incitations basées sur la production et une subvention en capital supplémentaire pour les installations solaires sur les toits. Il impose également des systèmes solaires photovoltaïques sur les toits des bâtiments gouvernementaux d'une superficie bâtie de 500 mètres carrés. Delhi a également donné la priorité aux véhicules électriques : sa cellule EV a été créée en mars 2022, et Delhi est devenue le premier État indien à dépasser 10 % de part de marché des véhicules électriques en février 2022. Ces actions sont importantes pour les résidents à faible revenu, car des transports plus propres et une énergie distribuée peuvent réduire la pollution, améliorer les services publics et soutenir une mobilité urbaine plus fiable.

Pune a réalisé des progrès mesurables en matière d'énergie solaire sur les toits, de chauffe-eau solaire, de lampadaires à LED et de bus électriques. WRI Inde rapporte que le DISCOM local, MSEDCL, avait facilité 259,93 MW de projets solaires sur les toits de la ville de Pune en juillet 2023. Pune comptait également 72 821 bâtiments équipés de chauffe-eau solaires en 2022-2023. La ville a remplacé 90 000 luminaires grâce au projet Pune Smart Street Light et a réussi à convertir 100 % des lampadaires conventionnels aux LED. La Pune Municipal Corporation vise une réduction de 15 % de la consommation d'électricité grâce à un modèle ESCO couvrant l'éclairage public, les usines de traitement des eaux usées et d'autres opérations municipales. L'agence de transports publics de Pune exploitait 458 bus électriques en décembre 2023. Ces actions montrent comment l'accès à une énergie propre au niveau de la ville et les transports durables peuvent améliorer les services tout en réduisant la pollution et le gaspillage d'énergie.

Pourquoi c’est important pour la réduction de la pauvreté

L’accès à une énergie propre, des transports durables et une meilleure planification peuvent réduire le fardeau lié à la pauvreté de plusieurs manières. Une électricité plus fiable aide les ménages à étudier, travailler et rester en sécurité pendant les vagues de chaleur. Les services publics économes en énergie peuvent réduire le gaspillage énergétique municipal et améliorer la fiabilité des services. Des bus et des infrastructures de véhicules électriques plus propres peuvent réduire la pollution tout en aidant les travailleurs à accéder à leur emploi, à l’école et aux soins de santé. La planification basée sur les données peut aider les villes à orienter leurs ressources vers les quartiers mal desservis au lieu de se limiter à améliorer les zones déjà bien desservies.

Ces investissements devraient être conçus en mettant au centre les communautés à faible revenu. WRI Inde note que l’équité et l’inclusion ont reçu une attention limitée dans de nombreuses actions urbaines de transition énergétique, les citadins pauvres et les communautés à faible revenu étant souvent absents du paysage de la transition énergétique. Il est essentiel de combler cette lacune. Lorsque l’accès à l’énergie propre atteint les personnes confrontées à la pauvreté, cela peut entraîner une réduction des coûts, une meilleure santé, une mobilité plus sûre et une plus grande résilience aux chocs climatiques.

La voie à suivre

Les futures infrastructures urbaines de l'Inde peuvent soit aggraver les inégalités et la pollution, soit contribuer à construire des villes plus propres et plus inclusives. En promouvant l’accès à l’énergie propre en Inde, en modernisant les transports publics et en utilisant les données pour cibler les investissements vers les communautés mal desservies, les villes indiennes pourraient réduire leurs émissions tout en améliorant la vie quotidienne des personnes pauvres. La clé est de rendre l’accès à l’énergie propre fiable, abordable et connecté aux besoins des résidents à faible revenu. Si les villes accordent la priorité à l'équité dans leur croissance, la transition urbaine de l'Inde pourrait devenir une voie vers un air plus pur, de meilleurs services et des opportunités économiques plus larges.

*