Tout ce que vous devez savoir sur la faim au Népal

La faim au NépalMalgré des améliorations ces dernières années, la faim au Népal reste un défi de taille. Selon le Programme alimentaire mondial (PAM), 16,5 % de la population était en situation d'insécurité alimentaire en octobre 2024 et environ 4,81 millions de personnes avaient une alimentation inadéquate.

Le niveau global de faim dans le pays est classé comme « modéré » par l'Indice de la faim dans le monde, reflétant à la fois les progrès et les défis actuels. La malnutrition reste l'un des aspects les plus graves du problème. Une diversité alimentaire limitée et un accès limité à des aliments nutritifs contribuent à des problèmes de santé à long terme, en particulier chez les femmes et les enfants.

La géographie de la faim au Népal

La géographie joue un rôle central dans l’évolution de la faim au Népal. Les régions montagneuses sont parmi les plus isolées d’Asie du Sud, avec des réseaux routiers limités et un terrain difficile. Le transport de nourriture vers ces zones est coûteux et prend du temps, ce qui fait grimper le prix des produits de base.

Selon le Programme alimentaire mondial, les prix des denrées alimentaires sont deux à trois fois plus élevés dans les régions de montagne, même lorsque les prix alimentaires nationaux restent relativement stables. Les terres agricoles limitées, les conditions climatiques difficiles et l’isolement saisonnier font également qu’il est difficile pour de nombreuses communautés de produire suffisamment de nourriture localement. En conséquence, les ménages des régions éloignées sont plus vulnérables aux pénuries et aux chocs de prix.

Qu’est-ce qui provoque la faim au Népal ?

Plusieurs facteurs interdépendants contribuent à la faim au Népal, la pauvreté restant l'un des principaux facteurs. Dans les zones rurales, les opportunités d'emploi sont limitées et de nombreux ménages dépendent de l'agriculture à petite échelle, mais le nombre limité de terres et la faible productivité limitent les revenus et la production alimentaire. Par exemple, la taille moyenne des exploitations agricoles n’est que d’environ 0,7 hectare, et plus de la moitié des ménages agricoles cultivent moins de 0,5 hectare, ce qui rend difficile la production de suffisamment de nourriture au-delà des niveaux de subsistance.

Les changements climatiques et les risques environnementaux intensifient également l’insécurité alimentaire. Les catastrophes naturelles telles que les inondations et les glissements de terrain endommagent fréquemment les cultures et perturbent les systèmes alimentaires, tandis que de nombreux agriculteurs dépendent des précipitations car seulement un peu plus de la moitié des terres agricoles du Népal est irriguée.

Les défis géographiques et infrastructurels aggravent encore le problème. L'accès à la nourriture est particulièrement limité dans les régions montagneuses, et les taux de retard de croissance chez les enfants atteignent 46,8 % dans les zones de montagne, contre 36,7 % dans le Terai, mettant en évidence les inégalités régionales en matière de nutrition et d'accès à la nourriture. La médiocrité des infrastructures et la connectivité limitée des marchés dans les zones reculées rendent plus difficile pour les agriculteurs le transport des denrées alimentaires et l’accès aux marchés, renforçant ainsi l’insécurité alimentaire existante.

Progrès réalisés dans la réduction de la faim

Malgré ces défis, le Népal a réalisé des progrès notables dans la réduction de la faim au Népal au cours des deux dernières décennies. La reprise économique et un développement régulier ont contribué à améliorer les revenus des ménages et à renforcer l’accès à la nourriture.

La croissance du PIB du pays est passée de 1,9% en 2023 à 3,9% en 2024, avec des projections atteignant environ 5% en 2025.

L'insécurité alimentaire a également diminué par rapport aux années récentes. Alors que 16,5 % des Népalais souffraient d’insécurité alimentaire en 2024, cela représente une baisse de 6,4 points de pourcentage par rapport au pic enregistré lors de la pandémie de COVID-19 en 2020.

Programmes de lutte contre l'insécurité alimentaire

Plusieurs initiatives visent à lutter contre la faim au Népal. Le Programme alimentaire mondial soutient des programmes de sécurité alimentaire dans le pays depuis 1963, en aidant les communautés vulnérables et en répondant aux catastrophes.

L'une des initiatives clés est le programme national d'alimentation scolaire, qui s'est étendu en janvier 2026 lorsque 1 039 écoles de la province de Sudurpaschim ont été intégrées au programme de repas de midi du Népal.

Les programmes d'éducation nutritionnelle lancés par le Programme alimentaire mondial aident également les communautés à améliorer leur régime alimentaire. Des démonstrations culinaires et des séances de formation ont appris à des milliers de soignants comment préparer des repas plus sains en utilisant des ingrédients disponibles localement.

Cependant, les experts notent que la plupart des politiques nutritionnelles au Népal se sont historiquement concentrées sur la dénutrition, avec beaucoup moins d’attention accordée à la suralimentation et aux maladies liées à l’alimentation. Même si la dénutrition reste une préoccupation majeure, le Népal est de plus en plus confronté à un « double fardeau » de malnutrition, où coexistent dénutrition et obésité. Par exemple, 35,8 % des enfants de moins de cinq ans souffraient d’un retard de croissance et 11 % souffraient de malnutrition aiguë en 2016, ce qui indique une dénutrition persistante. Dans le même temps, les taux de surpoids et d’obésité augmentent : 22,8 % des femmes et 19,1 % des hommes sont classés comme étant en surpoids, et le surpoids chez les femmes âgées de 15 à 49 ans est passé de 13 % en 2011 à 21 % en 2016.

Les risques sanitaires liés à l’alimentation augmentent également, les maladies non transmissibles représentant environ 66 % du total des décès au Népal. Ces tendances sont liées à un accès limité à des aliments diversifiés et nutritifs et à l’évolution des habitudes alimentaires, en particulier dans les zones géographiques isolées où l’accès aux aliments frais peut être restreint.

Changement climatique et avenir de l'alimentation

L'agriculture reste au cœur de l'économie et du système alimentaire du Népal, mais les changements climatiques influencent de plus en plus la manière dont les agriculteurs produisent de la nourriture. Les changements dans les régimes pluviométriques et les phénomènes météorologiques extrêmes menacent les cultures et les moyens de subsistance en milieu rural. Pour renforcer la résilience, des initiatives telles que les Farmer Nutrition Schools ont formé environ 4 000 petits exploitants agricoles à une agriculture résiliente au climat et sensible à la nutrition. Ces programmes promeuvent des techniques telles que l'irrigation améliorée, le compostage et la diversification des cultures pour aider les agriculteurs à s'adapter aux pressions environnementales.

Le chemin à parcourir

Les progrès réalisés par le Népal dans la lutte contre la faim montrent qu'un investissement soutenu dans la nutrition, l'agriculture et la protection sociale peut faire la différence. Pourtant, la géographie, les risques climatiques et les inégalités persistantes continuent de déterminer qui bénéficiera le plus de ces progrès.

Les experts affirment que même si le Népal a adopté de nombreuses politiques alimentaires et nutritionnelles, nombre d’entre elles manquent de mécanismes clairs de mise en œuvre et de suivi, ce qui limite leur impact à long terme.

Le renforcement de ces systèmes, parallèlement à l’amélioration des réseaux routiers, au soutien d’une agriculture résiliente au climat et à l’expansion des programmes de nutrition, sera essentiel pour garantir que tous les Népalais aient un accès fiable à des aliments nutritifs.

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