La santé mentale reste sous-représentée dans la réponse humanitaire mondiale. Selon l'Organisation mondiale de la santé (OMS), les problèmes de santé mentale courants représentent 10% de la charge de la maladie mondiale, mais les programmes de santé mentale reçoivent moins de 2% du financement international de la santé. Dans les milieux humanitaires, les défis de la santé mentale sont répandus: les données du Haut Commissaire des Nations Unies aux réfugiés (HCR) indiquent que jusqu'à une personne déplacée sur trois peut souffrir de dépression, d'anxiété ou de stress post-traumatique. Dans les zones de conflit, les camps de réfugiés et les communautés à faible revenu, les traumatismes non traités et la détresse psychologique entravent la récupération, l'éducation et le développement. Ces conditions ne sont souvent pas traitées, ce qui limite l'efficacité de l'éducation, de la santé et des moyens de subsistance.
Santé mentale en crise
L'accès aux soins de santé mentale reste limité dans de nombreux pays à faible revenu. En Syrie, plus de la moitié des enfants déplacés signalent des symptômes de dépression et d'anxiété, mais seule une petite partie reçoit un soutien psychologique, comme l'a rapporté les Médecins sans fronts. Les enfants souffrant de problèmes de santé mentale non traités ont souvent du mal à l'école. Les adultes souffrant de traumatismes psychologiques peuvent avoir du mal à participer à la main-d'œuvre, tandis que des communautés entières souffrent d'une cohésion sociale affaiblie. Ces défis continus perpétuent le cycle de la pauvreté.
Un changement vers des solutions intégrées
Plusieurs organisations reconnaissent désormais la valeur de l'intégration de la santé mentale à l'aide humanitaire. Le Comité international de sauvetage (IRC) fait des agents de santé locaux au Liban et au Soudan du Sud d'une formation en premiers soins psychologiques et en soins de santé mentale en cours. Cette approche assure la durabilité et les soins culturellement appropriés tout en réduisant la stigmatisation.
Au Népal, l'organisation psychosociale transculturelle (TPO) organise des programmes de santé mentale communautaires qui sont à la fois rentables et évolutifs. En formant les enseignants, les travailleurs sociaux et les dirigeants communautaires pour identifier et référer les personnes ayant des besoins en santé mentale, TPO Népal garantit que les services atteignent même les domaines les plus reculés. Ces modèles communautaires améliorent la durabilité et réduisent la stigmatisation.
Crise de santé mentale parmi les groupes marginalisés
Même dans les pays à revenu élevé, les communautés marginalisées sont confrontées à des défis importants en santé mentale. Les groupes autochtones au Canada et en Australie signalent des taux élevés de suicide et de dépression liés aux traumatismes intergénérationnels et à la négligence systémique. Un rapport en 2023 du Forum permanent des Nations Unies sur les questions autochtones a appelé à des services de santé mentale culturellement ancrés dans le cadre de partenariats internationaux au développement.
En Colombie-Britannique, l'autorité de santé des Premières nations du Canada a lancé des programmes de guérison dirigés par la communauté ancrés dans les traditions autochtones. Ces initiatives, soutenues en partie par le financement du développement, servent de modèle à la santé mentale dans l'aide mondiale qui respecte l'identité culturelle tout en répondant aux besoins cliniques.
De même, les communautés de réfugiés en Europe sont confrontées à des obstacles importants aux soins de santé mentale. Des programmes comme le réseau de santé mentale et de soutien psychosocial comblent l'écart en fournissant une thérapie axée sur les traumatismes aux personnes déplacées de Syrie, d'Afghanistan et d'autres pays déchirés par la guerre.
Le gain économique et social
Selon la Banque mondiale, chaque dollar investi dans la santé mentale génère un rendement de 4 $ grâce à de meilleurs résultats en matière de santé et à une productivité accrue. Selon l'OMS, la dépression et l'anxiété non traitées dans les pays à faible revenu coûtent 1 billion de dollars par an. De plus, le soutien à la santé mentale améliore l'efficacité des autres secteurs d'aide. Par exemple, dans l'éducation, les enfants qui reçoivent un soutien psychosocial sont plus susceptibles de rester à l'école. Dans la reconstruction post-conflit, les communautés ayant des services de santé mentale sont mieux équipées pour reconstruire la confiance et les infrastructures sociales.
Aller de l'avant
L'élargissement du rôle de la santé mentale dans l'aide humanitaire implique d'augmenter les investissements financiers, d'intégrer le soutien psychologique dans des initiatives de santé plus larges et de soutenir des services communautaires et culturellement informés. La formation des agents de santé locaux peut potentiellement améliorer l'accessibilité et la continuité des soins tout en aidant à réduire la stigmatisation. À mesure que les besoins humanitaires deviennent plus complexes, l'alignement de la santé mentale avec les efforts de développement à long terme pourrait améliorer l'efficacité globale et la durabilité de l'aide mondiale.
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