Du riz à la résilience : les systèmes alimentaires au Laos

Systèmes alimentaires au LaosAlors que la République démocratique populaire lao (RDP) entre dans la seconde moitié des années 2020, la volatilité climatique, la croissance démographique et un modèle de développement rural ancré dans l'agriculture de subsistance poussent les systèmes alimentaires du Laos vers un tournant. Bien que le pays ait réalisé des progrès mesurables dans la réduction de la pauvreté absolue et dans la stimulation de la croissance macroéconomique, la transformation plus profonde requise pour la résilience du système alimentaire reste difficile à réaliser. En particulier, les défis interconnectés que sont l’isolement des infrastructures, l’inaccessibilité des marchés et l’insécurité nutritionnelle continuent de délimiter les horizons du développement rural durable.

Le Programme alimentaire mondial (PAM) rapporte que plus de 7,5 millions de personnes vivent dans plus de 10 000 villages, dont beaucoup dans des zones topographiquement complexes et marginales du point de vue des infrastructures. La géographie façonne la sécurité alimentaire de manière pratique et immédiate. Alors que les agriculteurs sont de plus en plus confrontés à « des conditions météorologiques imprévisibles qui affectent leurs cultures et leurs moyens de subsistance », les Laotiens dépendent souvent des conditions saisonnières pour acheminer la nourriture, les intrants agricoles et les services essentiels. En conséquence, les ménages obtiennent de la nourriture non seulement grâce à la production ou aux revenus, mais aussi grâce aux routes, aux rivières et aux précipitations.

Une économie rurale basée sur le riz

La plupart des Laotiens dépendent encore de l'agriculture pour leur subsistance, et le riz reste à la fois un aliment de base culturel et le fondement de leur alimentation quotidienne. L'analyse commune de pays des Nations Unies note que le secteur agricole du pays est « principalement basé sur la subsistance et le riz ». Cette dépendance singulière crée des vulnérabilités. Lorsque les ménages et les districts dépendent d’un système monoculturel, ils réduisent la diversité alimentaire et affaiblissent la résilience écologique, ce qui expose les communautés rurales aux carences nutritionnelles et aux chocs environnementaux.

Pour compléter leur régime alimentaire à base de riz, de nombreux ménages récoltent des produits forestiers, cultivent des jardins potagers et élèvent du bétail ou de la pisciculture à petite échelle. Ces pratiques améliorent souvent la nutrition, mais la dégradation de l’environnement, la rareté des ressources et les changements climatiques peuvent rapidement les compromettre. La planification nationale a également tendance à négliger ces systèmes, et les communautés les plus pauvres ou les plus isolées ne peuvent souvent pas en récolter les bénéfices.

La confluence des changements climatiques et de la croissance démographique

Malgré sa dynamique économique, le Laos reste aux prises avec une insécurité alimentaire profondément ancrée. Environ un tiers des enfants de moins de cinq ans souffrent d’un retard de croissance. L’évolution démographique va probablement intensifier ces pressions : les projections suggèrent que la population atteindra 9 millions d’habitants d’ici 2035, augmentant ainsi la demande de terres, d’eau et de nourriture.

Par conséquent, les systèmes alimentaires du Laos sont confrontés autant à un défi de distribution qu’à un défi de production. Le pays doit livrer de la nourriture de manière fiable et abordable tout au long de l’année, et non pas simplement en produire davantage. La hausse des coûts des intrants, la détérioration de la qualité des sols et la variabilité des précipitations induite par le climat exercent déjà de nouvelles pressions sur les réseaux de production, de stockage et de distribution. Les infrastructures limitées exacerbent ces tensions et transforment les chocs climatiques en perturbations prolongées.

Pauvreté et déconnexion des marchés

L'insécurité alimentaire au Laos est fortement corrélée à la pauvreté rurale et à l'exclusion spatiale. Le PAM estime que 18 % de la population vit avec moins de 1,25 dollar par jour, tandis que le Fonds international de développement agricole (FIDA) souligne la persistance d'une pauvreté multidimensionnelle dans les régions montagneuses du nord et de l'est du pays. Dans les régions où les routes sont impraticables pendant des mois, où les services de vulgarisation agricole sont inexistants et où les marchés sont éloignés ou peu réactifs, les ménages sont confrontés à un désavantage aggravé. Lorsque les récoltes échouent ou que les prix montent en flèche, ces communautés disposent de peu d’alternatives et de marges de manœuvre limitées pour absorber les chocs.

Même si les taux de pauvreté nationaux ont diminué, les inégalités géographiques restent une caractéristique déterminante de la vie rurale. Près d’un tiers des Laotiens ruraux sont considérés comme pauvres de manière multidimensionnelle, l’insécurité alimentaire étant à la fois une cause et une conséquence de cette privation.

Vers des systèmes alimentaires intégrés et adaptatifs

En réponse à ces défis structurels, le gouvernement laotien et les agences de développement internationales ont commencé à promouvoir une approche plus intégrée de la résilience du système alimentaire. Plutôt que de traiter l’agriculture, la nutrition et les infrastructures comme des domaines politiques distincts, les stratégies actuelles les considèrent de plus en plus comme des éléments interdépendants au sein d’un cadre de développement plus large.

Deux initiatives soutenues par le FIDA illustrent cette orientation systémique:

  • Agriculture pour la nutrition Phase II (48,3 millions de dollars) : Il s’agit d’une initiative à plusieurs volets axée sur l’amélioration de la nutrition des ménages grâce à une production diversifiée et à la génération de revenus.
  • Partenariats pour l’irrigation et l’agriculture des petits exploitants (166,27 millions de dollars) : Il vise à renforcer les réseaux d’irrigation, les liens entre les chaînes de valeur et les pratiques agricoles résilientes au climat.

Les deux initiatives s’écartent des modèles d’aide conventionnels en reconnaissant que la sécurité alimentaire ne peut être résolue en vase clos. Au lieu de cela, ils promeuvent des catalyseurs structurels tels que l’accès aux marchés, une agriculture intelligente face au climat et une gouvernance inclusive qui peuvent renforcer la résilience systémique.

Regarder vers l'avenir

Les systèmes alimentaires du Laos relèvent de nombreux défis en matière de sécurité alimentaire auxquels sont désormais confrontés les pays enclavés et exposés au climat du Sud. Le système alimentaire reste profondément local, enraciné dans l’agriculture de subsistance et les connaissances écologiques traditionnelles, tout en étant fortement exposé aux fluctuations du marché mondial et dépendant de l’aide extérieure.

L’impératif est désormais de construire un système alimentaire qui soit non seulement productif, mais aussi adaptatif. Cela nécessite des infrastructures à toute épreuve, des systèmes de production diversifiés et des mécanismes de gouvernance qui vont au-delà des moyennes nationales pour remédier aux disparités infranationales. Cela nécessite également une réorientation de la politique de sécurité alimentaire, passant de la distribution de calories à la culture de la résilience.

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