Fragilité et État de droit en Serbie

Fragilité et État de droit en SerbieFragilité et État de droit en SerbieL’État de droit vise à délimiter le pouvoir arbitraire en garantissant que les gouvernements doivent respecter les mêmes normes juridiques que les citoyens. En Serbie, les dirigeants ont testé ce principe à plusieurs reprises. Néanmoins, le redressement post-autoritaire de la Serbie, ancré dans la stabilité d'une éventuelle intégration européenne, a produit un État de droit propice à une gouvernance juste et équitable. Cependant, depuis 2012, la Serbie est confrontée à une fragilité croissante des institutions étatiques et à un rétrécissement de l'espace civique national. L'article suivant sur la fragilité et l'État de droit en Serbie souligne l'impact que cela a sur les plus pauvres du pays.

De la reprise à la fragilité institutionnelle

La trajectoire post-Yougolsav de la Serbie a traversé trois phases distinctes. La guerre et l’isolement international ont marqué les années 1990 sous le régime autoritaire du président Milošević. Cependant, les années 2000 ont apporté des ouvertures politiques et une reprise rapide grâce à des liens internationaux plus forts tels que l’accord de stabilisation et d’association de l’UE, qui a contribué à ancrer les réformes nationales.

Cet élan s’est arrêté après la crise financière de 2008, alors que la confiance du public dans l’adhésion à l’UE a diminué. Ce changement s’aligne sur la montée du Parti progressiste serbe (SPS). En 2014, l'arrivée au pouvoir du SPS sous Aleksandar Vučić a déclenché un déclin mesurable des performances démocratiques et de l'indépendance institutionnelle. Les organismes internationaux, dont l’OSCE, ont exprimé à plusieurs reprises leurs inquiétudes quant au fait que la centralisation du pouvoir et la pression politique sur les institutions engendrent la corruption. Cette corruption a porté atteinte à la responsabilité juridique de l'État et exacerbé la pauvreté des groupes marginalisés.

Quel est l’impact de la fragilité et de l’État de droit en Serbie sur la pauvreté

Le taux de risque de pauvreté en Serbie s'élève à environ 20 %, près d'un cinquième de la population bénéficiant d'un revenu inférieur au seuil de pauvreté. Le gouvernement continue de mettre en avant la croissance du PIB, qui a augmenté de 3,9 % en 2024, comme un indicateur de réussite. Néanmoins, ces progrès n'ont pas atténué la pauvreté de la Serbie, en partie parce que l'affaiblissement de l'État de droit a déformé la manière dont les autorités exercent le pouvoir d'État et distribuent le soutien.

Depuis 2014, les allégations de corruption et la déréglementation institutionnelle ont affaibli les organismes de surveillance, limitant le contrôle civique et affaiblissant la distribution des ressources publiques. Les zones géographiques de pauvreté restent plus concentrées dans le sud et l’est, où elle touche plus de 27 % des habitants. La région comptait environ 77 000 chômeurs en 2025. Le ralentissement des flux d’IDE dans un contexte de perte de confiance des investisseurs a accéléré les fermetures d’usines. L'Association serbe des syndicats libres et indépendants prévient que les fermetures « ne font que commencer ».

L’effondrement d’une gare nouvellement construite en 2024 a constitué un tournant majeur. L’incident a déclenché une série de manifestations antigouvernementales. Les manifestants ont imputé cet effondrement à la corruption et à l’effondrement de l’État de droit. Les manifestations menées par les étudiants se sont rapidement transformées en un mouvement national, révélant la fragilité politique de la Serbie et exacerbant les inquiétudes des investisseurs étrangers. L’économie en a immédiatement ressenti l’impact, entraînant une augmentation de la précarité de l’emploi et poussant les ménages plus près de la pauvreté.

Mesures défaillantes

La Serbie consacre 19,5 % de son PIB à la protection sociale. Cependant, la plupart des financements sont consacrés à une vaste assurance sociale plutôt qu’à une aide ciblée contre la pauvreté. En réalité, la Serbie ne consacre que 5 % de son PIB à des programmes directement destinés à réduire la pauvreté. Les personnalités de l’opposition affirment que les responsables utilisent ce chiffre gonflé pour décrire le succès tout en masquant les lacunes du soutien direct.

Pour de nombreuses familles, le soutien n'est pas suffisant. Une famille de trois personnes au chômage reçoit 22 000 dinars par mois d'aide sociale en espèces, bien en dessous des 56 868 dinars estimés qui constituent le panier minimum de consommation de la Serbie.

L’avenir de la fragilité et de l’État de droit en Serbie

Malgré le déclin de l’État de droit, certains signes indiquent que la trajectoire future de la Serbie pourrait être en train de changer. Les manifestations de 2024 se sont transformées en une force politique plus organisée en 2025, dont la volonté d’organiser des élections anticipées a désormais été annoncée pour 2026.

La société civile est également devenue plus influente. Des groupes d'ONG tels que l'Initiative A11 pour les droits économiques et sociaux soutiennent que les dirigeants ont gouverné la Serbie par des mesures sélectives à court terme plutôt que par une politique durable basée sur les droits. Cela a abouti à un système selon lequel l’A11 maintient les personnes marginalisées « juste assez hors de l’eau pour survivre », plutôt que de réduire la pauvreté de manière significative.

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