La vaccination contre le VPH au Pakistan atteint 9 millions de filles

Vaccination contre le VPH au PakistanAu cours de sa première phase, en 2025, le Pakistan a mené la plus grande campagne de vaccination contre le virus du papillome humain (VPH) jamais menée par un pays, atteignant plus de 9 millions de filles âgées de 9 à 14 ans. Cette campagne cible le cancer du col de l'utérus, une maladie qui tue huit femmes chaque jour au Pakistan et qui frappe le plus durement les pauvres. La vaccination contre le VPH au Pakistan constitue désormais l'une des interventions de santé des femmes les plus ambitieuses de l'histoire du pays et un exemple rare de prévention atteignant les filles avant qu'une maladie ne s'installe.

Un cancer des inégalités

Le cancer du col de l’utérus est l’un des cancers les plus évitables, mais il reste l’un des plus mortels pour les femmes vivant dans des milieux à faible revenu. À l’échelle mondiale, le cancer du col de l’utérus a causé environ 350 000 décès en 2022, et environ 94 % de ces décès sont survenus dans des pays à revenu faible ou intermédiaire, un écart qui reflète un accès inégal à la vaccination, au dépistage et au traitement. La maladie est provoquée par le virus du papillome humain et un vaccin administré au début de l'adolescence prévient la plupart des cas.

Au Pakistan, le fardeau est lourd. Le cancer du col de l’utérus touche plus de 5 000 femmes chaque année et en tue environ 3 200. Le dépistage et le traitement restent concentrés dans les villes et les cliniques privées, ce qui les met hors de portée pour de nombreuses femmes rurales et à faible revenu. Pour les familles vivant près du seuil de pauvreté, un diagnostic tardif de cancer du col de l’utérus peut entraîner à la fois la perte d’une mère et des frais médicaux catastrophiques. La vaccination précoce des filles offre un moyen d’interrompre ce cycle avant qu’il ne commence.

La plus grande campagne du genre

Le Pakistan a lancé la campagne le 15 septembre 2025, par l'intermédiaire de la Direction fédérale de la vaccination, en partenariat avec Gavi, l'Alliance du vaccin, le Fonds des Nations Unies pour l'enfance (UNICEF) et l'Organisation mondiale de la santé (OMS). La première phase couvrait le Pendjab, le Sind, le Cachemire sous administration pakistanaise et le territoire de la capitale Islamabad, avec pour objectif de vacciner au moins 90 % des 13 millions de filles éligibles âgées de 9 à 14 ans.

Plus de 49 000 agents de santé, pour la plupart des femmes formées avec le soutien de l'OMS, ont administré le vaccin dans les écoles et les communautés. Début 2026, l’OMS a signalé que la vaccination contre le VPH au Pakistan avait atteint plus de 9,6 millions de filles, même si l’agence note que les chiffres officiels de couverture ne seront confirmés que plus tard en 2026. Une dose unique de vaccin prévient la plupart des cas de cancer du col de l’utérus, ce qui fait de cette intervention l’une des plus rentables en matière de santé mondiale.

Atteindre les endroits les plus difficiles

Délivrer le vaccin à cette échelle n’a pas été simple. Les responsables de la Direction fédérale de la vaccination ont noté que de graves inondations et déplacements ont compliqué le déploiement, mais la campagne a quand même atteint près de 70 % de son objectif. L’hésitation à la vaccination constitue un autre obstacle. Pour contrer la désinformation, le ministre fédéral de la Santé, Syed Mustafa Kamal, a fait vacciner publiquement sa propre fille, après quoi les taux de refus ont chuté et l'acceptation a augmenté dans de nombreux districts.

La conception par étapes reflète les domaines où les besoins sont les plus grands. Les régions les plus pauvres et les plus isolées devraient participer à des cycles ultérieurs, avec le Khyber Pakhtunkhwa prévu en 2026 et le Baloutchistan et le Gilgit-Baltistan en 2027. Le Baloutchistan est la province la plus pauvre du Pakistan et le Khyber Pakhtunkhwa se classe également bien au-dessus de la moyenne nationale en matière de pauvreté, et les deux disposent d'infrastructures de santé limitées. Avec environ 22,5 % des Pakistanais vivant sous le seuil national de pauvreté au cours de l’exercice 2025, ce sont les ménages de ces provinces les plus difficiles d’accès que les phases ultérieures doivent desservir.

Que se passe-t-il après la vaccination

La vaccination n'est que la première des trois cibles de l'OMS pour éliminer le cancer du col de l'utérus, connues sous le nom d'objectifs 90-70-90 : vacciner 90 % des filles, dépister 70 % des femmes et traiter 90 % de celles qui en ont besoin. C'est dans le dépistage que l'écart est le plus grand. Dans les pays à revenu faible ou intermédiaire, seulement 19 % environ des femmes éligibles subissent un dépistage, contre des taux bien plus élevés dans les pays riches. Le Pakistan a pris un bon départ en matière de vaccination, mais le dépistage et le traitement des millions de femmes ayant déjà dépassé l’âge de la vaccination restent limités, et le maintien des acquis nécessitera des investissements bien au-delà d’une seule campagne.

Regarder vers l'avenir

La vaccination contre le VPH au Pakistan ne suffira pas, à elle seule, à éliminer le cancer du col de l’utérus. Le pays a encore besoin d’un dépistage accessible et d’un traitement abordable, en particulier pour les femmes pauvres et rurales qui ont le moins accès aux deux. Néanmoins, protéger plus de 9 millions de filles au cours d’une seule campagne constitue une étape concrète vers la rupture d’un cycle dans lequel un cancer évitable et la pauvreté des ménages se renforcent mutuellement. Si les phases ultérieures atteignent les filles des régions les plus pauvres du Pakistan, une maladie qui accompagne depuis longtemps les inégalités pourrait commencer à perdre son emprise.

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