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L’avenir de l’humanité : quelle importance doit-on accorder à l’aide au développement international?

Molly Kane, coordonnatrice de L’Entraide missionnaire et chercheure en résidence au Centre interdisciplinaire de recherche en développement et société (CIRDIS-UQAM), a participé à la rédaction de l’ouvrage Canada and the Third World – Overlapping Histories (University of Toronto Press, 2016). Son chapitre porte sur l’histoire de l’aide au développement international. Voici un extrait de sa présentation lors d’une soirée de lancement à l’UQAM en décembre dernier.

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Tout au long des premières années suivant la Deuxième Guerre mondiale, les aspirations des sociétés colonisées du tiers-monde ont été exprimées comme des demandes de démocratisation et de transformation des relations, des systèmes et des structures internationales. L’aide financière, en tant que fonds de roulement dans une telle transformation, a été recherchée pour faire face aux échecs des économies coloniales pour répondre aux besoins et aux aspirations de la majorité. Cette vision des changements requis était fondée sur l’attribution des fléaux de l’appauvrissement et des souffrances humaines dans le tiers-monde aux héritages sociaux, politiques, économiques et même psychologiques du colonialisme. On entend l’ambition de transformation, par exemple, dans la Déclaration de Bandung (1955) et dans la Déclaration des Nations Unies pour un Nouvel ordre économique international (1974). Ces déclarations ont énoncé, entre autres, les principes régissant la conduite des relations économiques internationales couvrant un certain nombre de domaines essentiels dans lesquels existent des déséquilibres fondamentaux, notamment le contrôle effectif des ressources naturelles et la réglementation des activités des sociétés transnationales.

Pour ce qui est de portée et d’échelle, les visions du changement à cette époque étaient beaucoup plus ambitieuses et réalistes que les objectifs limités de la réduction de la pauvreté désormais associés à l’aide au développement. Au contraire, l’avènement du diagnostic de « sous-développement » comme problème auquel sont confrontés les peuples d’Afrique, d’Asie et d’Amérique latine, obscurcit les relations de domination et d’extraction de la richesse qui formaient l’héritage du colonialisme. Les pouvoirs colonisateurs ayant assumé le « fardeau des Blancs » de l’aide au développement, sont devenus les arbitres auto-désignés et les architectes des progrès futurs pour le reste du monde.

Dès les années 1950, le leadership et l’engagement du Canada à l’égard du régime d’aide au développement ont renforcé sa position de joueur parmi les pays industrialisés, au sein des diverses institutions qui établissaient les termes des relations politiques et économiques régionales et mondiales après-guerre. Un engagement important en faveur de l’aide au développement, coordonné au sein de l’Organisation de coopération et de développement économique (OCDE), a assuré au Canada une place à la table de la restructuration des relations entre les nations en tant que « pays développé donateur », donc un des pays dirigeant les règles du jeu pour le capital et les anciennes colonies, dorénavant appelées « pays en voie de développement ». Le projet de développement après l’indépendance a cherché à moderniser, et non à arrêter l’extraction des richesses des anciennes colonies vers le Nord industrialisé.

Des conséquences antidémocratiques

Jusqu’à maintenant, le paradigme de l’aide au développement offre des solutions techniques pour répondre aux besoins et aux aspirations sociales, ce qui apporte un effet insidieux : on transforme le débat sur les priorités sociales et l’autodétermination du domaine public et politique en programmes et projets privatisés afin qu’ils soient financés par des bailleurs de fonds. En raison des pressions politiques au sein des pays donateurs, la majeure partie du budget de l’aide doit être dépensée rapidement, efficacement et produire des résultats mesurables et déclarables. Le travail susceptible d’être financé doit donc être évalué par les bureaucrates responsables comme faisable et justifiable dans un délai relativement court, et avec un calcul qui est intrinsèquement anti-risque et trop souvent soumis à des pressions de la politique partisane du gouvernement du jour. Le recours au régime d’aide pour financer le changement social impose nécessairement des paramètres limités pour les projets de changement et les moyens par lesquels le changement peut être poursuivi. La dépendance à l’égard de l’aide étrangère déplace l’autorité et la responsabilité des institutions publiques et des dirigeants des pays en développement, vers les donateurs et les créanciers qui financent leurs programmes et leurs régimes.

Alors, qu’est-il arrivé au rêve d’un nouvel ordre mondial? De l’idée qu’aucune « aide » ne sera jamais aussi importante pour la transformation bénéfique des économies postcoloniales que la réforme de la fiscalité, la réglementation des sociétés et les accords commerciaux équitables? De la certitude que le bien-être de la majorité des personnes vivant dans des pays « en voie de développement », comme dans d’autres parties du monde, dépend des libertés démocratiques et des accords mondiaux, contraignants et efficaces pour le désarmement et la démilitarisation? Que la biodiversité, des forêts, des océans, des lacs et des rivières soient protégés, non comme des marchandises à monnayer, mais comme des systèmes vivants dont dépend toute la vie?

Au Québec et au Canada, pendant de nombreuses années, des organisations de coopération internationale, des groupes et des mouvements sociaux et populaires (comme les églises, les syndicats, les immigrant-e-s, les organisations de femmes, les universitaires, les associations professionnelles et les étudiant-e-s) ont établi des alliances de cause commune qui définissaient les objectifs du développement du tiers-monde en termes d’autodétermination et de promotion des droits de la personne et des libertés civiles. Ils ont reconnu la valeur de l’intendance partagée des biens communs mondiaux et de la protection de l’environnement; résistance au racisme, à l’impunité, au militarisme et à la répression; affirmation de la dignité du travail, émancipation des femmes et liberté d’expression. Cette solidarité a été ancrée dans l’éthique, la politique de la justice, et dans la nécessité de réparer les torts causés pour assurer le bien être et l’épanouissement de l’humanité.

Depuis 30 ans, la politique étrangère du Canada, et par conséquent la politique de l’aide canadienne, a été menée sous le triomphalisme du néolibéralisme, créant ainsi un environnement de plus en plus hostile pour que de telles alliances puissent fleurir. Les forces de réforme sociale et politique ont été chargées de tenir compte d’un contrat social implicite qui reconnaît les « parties prenantes » dans les négociations entre trois secteurs de la société : le gouvernement, le secteur privé (les grandes entreprises) et la société civile. Ensemble, ces acteurs arriveront à des arrangements « gagnant-gagnant » pour le bien commun.

Et pourtant, l’âge de la domination sans entraves des grandes entreprises multinationales s’est avéré être sans précédent dans l’histoire de l’humanité pour l’élargissement de l’inégalité économique; la prolifération de technologies toujours plus horribles de guerre, de surveillance et de répression de la dissidence; la perte de connaissances par la perte de la langue et de la mémoire historique; la perte de biodiversité et d’écosystèmes sains; et finalement les changements climatiques et météorologiques qui « changent tout », comme Naomi Klein l’a si fortement soutenu. Sans des changements radicaux et urgents dans la façon dont nous vivons en tant que peuples qui partagent la terre, les conséquences pour l’humanité seront catastrophiques et irréversibles.

Plutôt que de demander comment rendre l’aide au développement plus efficace, ne devrions-nous pas nous poser la question : Face à la destruction croissante de l’environnement, à la guerre, à la souffrance, à la faim et à l’appauvrissement, comment devrions-nous agir dans le monde aujourd’hui pour nourrir et affirmer la vie de notre « maison commune » et l’avenir de l’humanité?

 

Campagne pour la paix du coquelicot blanc 2016

photo-FB-sans-textLe 21 septembre dernier, Journée internationale de la Paix et jour du lancement de la campagne du coquelicot blanc, Le Devoir a fait paraître une lettre ouverte du Collectif Échec à la Guerre, « Le Canada, défenseur de la Paix, vraiment? ». En tant que membre du Collectif Échec à la Guerre (CEG), L’EMI vous invite à participer à sa sixième campagne du coquelicot blanc.

 

Cette campagne vise à commémorer toutes les victimes des guerres et à dénoncer le militarisme.

Si vous désirez vous procurer des coquelicots blancs, vous êtes invité-e-s à passer à L’Entraide missionnaire.

La vigile du Coquelicot blanc aura lieu le 11 novembre à 11h.

Pour plus d’informations, consulter le site du Collectif Échec à la Guerre.

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